Le thème me vient d’un podcast de l’historien Jean-Noël Jeanneney qui, depuis 1987, nous parle de la concordance des temps. S’il avait débuté par des articles au quotidien parisien ‘Le Monde’, Radio France lui a proposé de les rejoindre à la radio en 1999. Il a déjà dépassé un bon millier de rendez-vous hebdomadaires sur des thèmes traités entre passé et présent, dont celui de la vieillesse, où il cite Charles De Gaulle qui en parle, en 1967, à ses 77 ans !
Enonçant une litanie d’octogénaires historiques poursuivant, chacun, leur œuvre admirable, le Général conclut : ce sont des exemples qu’on se cite à soi-même pour donner le change sur son âge ! C’est un texte, dit JNJ, à verser au dossier d’une réflexion sur la grande variété des regards qui d’âge en âge, de civilisation en civilisation, ont été jetés sur la vieillesse : entre célébration et rejet, entre fascination et indifférence, entre considération et dégoût !
Le mythe de Mathusalem
On est alors en 2015, l’espérance de vie d’un français n’a pas encore dépassé les 80 ans et, cependant, les mythes de l’histoire nous parlent de Mathusalem qui serait mort à 969 ans ! Il y a bien espoir et réalité, me direz-vous, c’est sûr, et l’on repousse les limites de Rome à 25 ans ou du Moyen-Âge à 33 ans. Cela fait 10 ans que la doyenne ‘avérée’ de l’humanité a gagné le trophée ; elle est morte le 4 août 1997 à 122 ans et détient toujours le record…
Vieux nous vient de vetus qui donne aussi vétuste, pas très engageant… On oppose souvent ce mot à jeune, tout en imaginant les critiques acerbes que les uns et les autres s’échangent tels les anciens et les modernes. Perte de passion au profit d’enthousiasme, d’hyperactivité au profit de lenteur, de stress au profit de la méditation, on rechigne sur l’allongement de la retraite pour rattraper le coup. Les espagnols ont trouvé la parade, ils l’appellent ‘jubilacion’ !
Hibernatus et Soylent Green
Si l’on étudie les grands cycles de la vie, il y a le 1er âge qui nous amène à 33 ans, ce que l’on appelle l’âge du Christ pour marquer la fin de sa vie sur terre. Le 2ème âge démarre alors et nous mène à 66 ans, le temps d’un repos bien mérité. En extrapolant, on touche alors le 3ème âge qui nous permettra d’atteindre la 100ème année, centenaire ! 10% de la GenZ, ceux nés après l’an 2000, le deviendra. Puis le 4ème âge dont on n’a pas encore testé les 132 ans.
Si la mort est inéluctable, on aimerait la repousser par une bonne hygiène de vie, diverses cures de jouvence ou même l’acharnement thérapeutique : côté humour, on se souvient du film Hibernatus. Si je ne m’attarde pas sur certaines études de prolongement de la vie, on recherche inversement à légaliser l’euthanasie dans de nombreux pays, par peur de la souffrance, et cela nous rappelle alors Soylent Green (Soleil Vert), science-fiction de 1973.
Philosopher, selon Montaigne, n’est-ce pas apprendre à mourir ? Donc, apprendre à vivre. Car, poursuit-il, la préméditation de la mort est préméditation de la liberté, le savoir mourir nous affranchit de toute subjection et contrainte. Combien d’êtres humains sont-ils prêts ? La nature morte, un style de peinture, nous rappelle que nous sommes éphémères et que le bien matériel, exposé dans sa beauté naturelle, s’apprête à perdre sa couleur, s’étioler, pourrir !
Montaigne, ce chantre de la vie
La décrépitude est activité solitaire, dit aussi Montaigne, alors qu’il accompagne son ami La Boétie, de 3 ans son aîné, qui n’atteint pas ses 33 ans. Lui-même vivra presque le double et ses amis d’alors diront : après avoir heureusement vécu, il est heureusement mort. C’était un chantre de la vie : c’est une perfection absolue et pour ainsi dire divine que de savoir jouir de son être ; la vie doit être pour elle-même son but, son dessein. Vivre, pleinement, il est sûr !
Qohèleth, le sage, fils de David, roi de Jérusalem, auteur de l’Ecclésiaste, commence son texte par : vanité des vanités, tout est vanité ; quel profit l’homme retire-t-il de toute la peine qu’il se donne sous le soleil ? Si l’on sait que l’étymologie du mot vanité est état de vide, de non réalité, vaine apparence, cela ne laisse pas grand chose à espérer de notre parcours. C’est à chacun de choisir car, si la mort est inéluctable, la vieillesse peut être une aubaine !
©Martin de Waziers


