Tribune libre – Enjeux de François II (1/3): une Eglise en constante évolution depuis Jean XXIII

Le Pape, tête de l’église catholique est un souverain pontife : souverain car il dirige l’Eglise catholique depuis le Vatican ; pontife (pontifex, qui fait le pont) car reconnu comme créant des ponts entre profane et sacré. Pie XII, pape de 1939 à 1958, prône la paix au début de WWII, s’oppose aux nazisme et communisme tout en gardant des liens diplomatiques avec tous et ouvre la voie vers la modernité du catholicisme que nous connaissons depuis lors !

Les 6 papes qui lui ont succédé n’ont cessé de vouloir faire évoluer l’Eglise et créer des ponts qui de 1958 à nos jours ont montré son intérêt dans les grands enjeux du monde, à commencer par Jean XXIII qui rejoint largement les préoccupations terrestres et le montre dans la plus célèbre de ses encycliques, Pacem in Terris, adressée « à tous les hommes de bonne volonté », où il déploie sa vision d’une humanité réconciliée, soucieuse de son cadre.

Rupture majeure

Il lance fin 1962 et ne dirige que 6 mois le Concile Vatican II pour établir de grandes lignes directrices dont Paul VI et les quatre suivants se font l’interprète et le guide, en fonction de l’évolution des situations. Chacun, avec sa caractéristique personnelle, sa sensibilité et son esprit, apprend à lire et à interpréter les signes des temps, pour apporter sa contribution, un voyage commun, selon le Pape François, du peuple en chemin sur direction prise ensemble.

La rupture majeure, opérée par ce groupe des 6, est dans la conversion des catholiques à ceux qu’ils ont longtemps considéré comme ennemis. Jean XXIII est un pape de transition, qui multiplie les contacts avec les juifs et les frères séparés, orthodoxes d’Orient et fils de la Réforme… Il s’agit d’en finir avec le mépris et l’hostilité qui ont trop longtemps prévalu, tel que le proclame la déclaration conciliaire Nostra Ætate et les divers textes œcuméniques.

Deux ponts vers une réforme

Paul VI, pionnier de l’écologie intégrale, est issu d’une famille d’esprit franciscain. Jean Paul Ier, lui-même issu d’une famille très pauvre, est sensible au drame de la pauvreté du Sud, et confirme le message social international de Paul VI dans Populorum progressio, vraie charte du développement pour instaurer la paix avec un programme d’avenir pour le tiers-monde, au cœur de l’Église. Il meurt prématurément après 33 jours de pontificat, nouvelle inflexion !

S’il avait prononcé les mots « tempestas magna est super me » (une grande tempête est sur moi), il avait aussi humaniser la charge pontificale en s’exprimant à la 1ère personne, ce qui engage peut-être Jean Paul II à reprendre son nom. Ce dernier est connu pour l’ouverture sur les jeunes (création de JMJ, journées mondiales de la jeunesse, en 1984) et les autres spiritualités (rencontres interreligieuses d’Assise en 1986), deux ponts vers une réforme !

Théologien émérite, l’archevêque de Munich dirige le dicastère pour la doctrine de la foi et s’informe sur la théologie de la libération en Amérique latine… Ultérieurement, devenu pape, Benoît XVI discerne dans ce continent les qualités pastorales de Jorge Mario Bergoglio, un jésuite argentin d’origine italienne et de spiritualité franciscaine, le futur pape François. Si le 1er aura assemblé les piliers du scandale pédophile en Eglise, le 2nd fait sauter le bouchon…

Regarder vers les périphéries

Dans ses prises de parole qui précédèrent le conclave qui devait l’élire, celui qui était encore connu sous le seul nom de Jorge Mario Bergoglio insiste beaucoup sur l’importance de sortir d’une Église trop autoréférencée et de regarder vers les périphéries, tout en voulant nettoyer les abus, au centre, tant sexuels, financiers que ‘mondains’. L’Église est appelée à sortir d’elle-même, aller vers les périphéries, géographiques, mais également celles de l’existence.

Pour regagner le terrain perdu avec le désenchantement de l’hypermodernité, il veut montrer qu’il y a une lumière, celle de la transformation. Le jour de Pâques, il rappelle que le passage demeure accessible à chacun et invite l’Église à se faire pont en abattant ses murailles. Il a fallu 12 ans pour rameuter au possible de Dieu. L’Église, une fois encore, est convoquée à accueillir la grâce d’une universalité qui transcende toute culture et ressuscite l’Espérance.

©Martin de Waziers, Bruxelles

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