La Méduse au musée national de Nouakchott

Le principal musée de la Mauritanie est en partie dédié à l’archéologie et à l’ethnologie. Il expose au milieu d’une grande salle un canon du XIX siècle, ayant appartenu à la frégate française la Méduse, et une reproduction du fameux tableau « Le Radeau de la Méduse ». Infoméduse a enquêté pour vous.  

Reproduction du célèbre tableau au musée national de Mauritanie. Photo IH

PAR IAN HAMEL, de retour de Mauritanie

Pourquoi ce vieux canon et cette reproduction ? Le musée national n’est pas très bavard sur le sujet. Il faut donc se plonger dans les archives, à une époque où la Mauritanie, en tant que pays, n’existait pas encore. En 1815, Napoléon a été abandonné sur l’île anglaise de Sainte-Hélène, et la France, sous l’égide de Louis XVIII, a repris le Sénégal à l’Empire colonial britannique. Le 17 juin 1816, la frégate la Méduse embarque un nouveau gouverneur, 400 passagers et 44 canons, direction le port de Saint-Louis du Sénégal.   

Le problème, c’est que le commandant est un royaliste, tout juste revenu d’exil, et qui n’a pas navigué depuis deux décennies. Il ignore qu’à 50 kilomètres de la côte africaine, vers le Cap Blanc et ce que les Français avaient baptisé Port-Etienne (et que les Mauritaniens ont rebaptisé depuis l’indépendance Nouadhibou), l’océan Atlantique n’atteint que 5 mètres de profondeur ! Le 2 juillet 1816, la Méduse s’échoue sur le banc d’Arguin, devenu depuis une réserve naturelle pour les phoques moines. La majorité des passagers embarquent sur quatre canots et deux chaloupes. Mais 149 malheureux (dont une femme de couleur noire) sont entassés sur un radeau, long de 20 mètres et large de 7, avec des biscuits, de l’eau douce et un peu de vin.   

Des scènes d’anthropophagie

Au départ, les canots devaient remorquer le radeau. Mais pour ne pas dériver vers le large, le commandant, dont il est préférable d’oublier le nom, décide d’abandonner à leur sort les 149 malheureux. Quand ils sont finalement secourus, le 17 juillet 1816, il ne reste plus que quinze survivants. Et encore cinq mourront avant d’atteindre Saint-Louis du Sénégal… Outre la faim, la soif, la déshydratation, l’histoire retient des scènes d’anthropophagie. Quant au célèbre « Radeau de la Méduse », réalisé par Théodore Géricault en 1818 ou 1819, il devait initialement s’appeler « Scène d’un naufrage ». Pour pouvoir s’imprégner du sujet, le peintre est allé jusqu’à rencontrer deux des survivants du radeau. 

Il fallait venir visiter le musée national de Nouakchott pour apprendre que cet épisode tragique de l’histoire de la marine coloniale française a eu lieu au large de la Mauritanie, dans à peine cinq mètres de profondeur.  

L’un des 44 canons de la Méduse. Photo IH

 

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