Force de vie (4) – Spiritualité, religion et pratique

PAR MARTIN DE WAZIERS

Qu’ils d’appellent Nietzsche, Nerval, Hugo ou Durkheim, nombre écrivains, philosophes ou psychologues se sont penchés sur l’assertion ‘Dieu est mort’. Malraux, ministre d’État chargé des Affaires culturelles sous le général de Gaulle entre 1959 et 1969, était de ceux qui n’y pensaient pas mais avait reconnu l’arrivée du nihilisme naissant qui a précipité la fin du 20ème s. Il avait alors prononcé sa fameuse prophétie : « le 21ème s. sera religieux ou ne sera pas. »

Tout le monde n’est pas d’accord sur la phrase exacte, le mot-clé pût être spirituel/mystique. La réalité, nous dit Brian Thompson d’U.Mass/US qui connait bien l’homme, est que, pour lui, le mot religion (de religio, « lier ») portait sur ce qui relie l’homme au cosmos, aux autres hommes, éventuellement aux dieux ou à Dieu ! Malraux, qui avait passé sa vie à valoriser la culture humaine sous toutes ses formes, savait que l’on ne pouvait pas de se passer de cela.

Donner raison à Malraux?

Déjà un quart de siècle, les statistiques commenceraient-elles à donner raison à Malraux ? Pas évident si l’on s’appuie sur une étude INSEE qui conclut que 51% des Français entre 18 et 59 ans se disent ‘sans religion’ (panel 2019-20) même si le catholicisme reste 1ère des religions déclarées avec 29%, les musulmans 10% et autres chrétiens 9%. La fille aînée de l’Eglise est sauve même si Clovis, qui en est l’architecte, doit se retourner dans sa tombe.

Poursuivant l’étude, nous découvrons qu’au-delà de se sentir reliés, la pratique des lieux de culte est limitée à 8% chez les catholiques et 20% dans les autres religions ; quant à prier, 15% pour les premiers, 31% chez les autres chrétiens et 58% chez les musulmans ! L’étude publiée en 2013 au Maroc sur l’Islam au quotidien conclut que « la religiosité n’occupe plus qu’une place limitée et ne se déploie que dans un espace et un temps bien délimités. »

Nous le savons, depuis la préhistoire, les religions se succèdent et rognent les unes sur les autres au cours des siècles. L’animisme, 1ère religion au monde, concerne 12% d’Africains alors que 45 sont chrétiens et 40 musulmans. Si la chrétienté domine de peu dans le monde, l’Islam devrait la dépasser à échéance de 2070. Si l’on perçoit une certaine renaissance de la chrétienté, la vraie question qui se pose aujourd’hui est la présence globale des religions.

Bouddha, Jésus ou Mahomet

Revenons à la base des religions qui relient les humains dans leur quête existentielle et leur crainte de l’au-delà. La psychologie a bien essayé de cadrer la polarité pulsionnelle de la vie et de la mort, la première inspiration et le dernier souffle : ces mots ont la même étymologie que spiritualité dont la racine est le latin ‘spir’, souffle de vie, sens à donner à sa vie. Cela nous indique aussi l’inspir/expir de la respiration, l’inspiration dont je parlais auparavant !

Si des grands maîtres se sont succédés sur cette terre afin de nous guider dans cette quête, certains ont marqué plus spécifiquement le chemin tel Bouddha, Jésus ou Mahomet. Leurs disciples se sont organisés, des textes ont été publiés, des pratiques consolidés et le peuple rassuré car relié autour d’un tronc commun. Mais alors, pourquoi se bat-on, chacun pour soi, plutôt que de dialoguer ? Parce que l’homme est un loup pour l’homme, disait Hobbes !

Loup ou Dieu, l’homme retombe!

Depuis toujours, l’homme cherche sa voie… mais veut marquer son territoire, notre partie animale et instinctive qui aurait dû trouver son équilibre avec l’autre partie divine et intuitive, basée sur la spiritualité. Et, même dans ce domaine, nous nous sommes battus à mort, c’est le comble. Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens : l’abbé de Cîteaux avant le massacre de Béziers contre les Albigeois, sous prétexte d’hérésie ! Loup ou Dieu, l’homme retombe !

Vous l’aurez compris, la quête de spiritualité est force de vie avant d’être raison de mort, car elle nous donne des réponses à nos profonds questionnements. Cette quête est holistique et nous parle de corps, âme et esprit. Le nihilisme actuel est peut-être là pour éveiller l’homme à nouveau à son élévation. La richesse, près d’une source, c’est d’avoir son vase vide, nous disait Claudel, ce grand converti qui rajoutait : le hasard, c’est le costume de Dieu, incognito.

©Martin de Waziers

Jacob luttant avec l’Ange, Eugène Delacroix, Église Saint-Sulpice (Paris)

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Un commentaire à “Force de vie (4) – Spiritualité, religion et pratique”

  1. Picard Hillenmeyer 20 juillet 2025 at 21:38 #

    Quel excellent article !
    Merci Martin pour cet “eye opener, as always” 🙏
    Pas de statistiques sur le judaïsme ?
    “May we all coexist in peace” ❤️

Répondre à Picard Hillenmeyer

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