Tribune libre – Hommage à Jacques Neirynck (1931-2025)

Homme de rigueur intellectuelle, à la culture immense, au langage précis, à la voix et à la diction dignes d’un acteur du Théâtre Français, Jacques Neirynck fut aussi un homme d’ouverture et un scientifique de grande valeur.

Ma rencontre avec lui date de 1997. Sans le connaître personnellement, je lui avais envoyé le manuscrit d’un essai qui se voulait ambitieux sur les Etats-Unis. Il me téléphona quelques jours plus tard et me demanda de passer à son bureau de l’Université de Lausanne. Je me trouvai en face d’un homme de haute taille, imposant de stature, à la voix forte et au verbe riche et puissant. C’est sans ambages qu’il me dit : « Votre manuscrit fait plus de 800 pages et contient près de 1000 notes infrapaginales. Vous devez choisir : ou vous avez écrit une thèse et dans ce cas elle sera publiée dans le cadre académique et ne sera lue que par une demi-douzaine de personnes. Ce serait regrettable, car votre texte mérite un large public. Pour le toucher, il doit être percutant. Diminuez fortement le nombre de pages, ainsi que celui des notes, puis renvoyez-le moi. » Je me mis aussitôt à la tâche. Il resta moins de 400 pages et 58 notes. « C’est un livre pour Favre, conclut-il ».

Mentor littéraire exigeant

Ce fut L’Amérique totalitaire : les Etats-Unis et la maîtrise du monde. Il connut un succès de librairie et de recensions et fut suivi de deux autres qui connurent un destin identique.

Jacques Neirynck, mais également Pierre-Marcel Favre, m’apprirent ce qu’implique la publication d’un ouvrage sérieux. Corrections, vérifications, modifications, précisions, qualité de la langue : l’un et l’autre de mes mentors furent aussi exigeants qu’intraitables. Le résultat fut d’autant plus satisfaisant qu’il me valut les félicitations de Jean-Pierre Chevènement, de Michel Jobert et de bien d’autres personnalités.

Jacques Neirynck et moi fûmes par la suite invités à donner une conférence en rapport avec les Etats-Unis, leur influence et leur impact sur l’Union européenne. Cette dernière s’est depuis révélée être la construction américaine d’une Europe au service de leur volonté hégémonique, une structure qui trahit les peuples d’Europe, suivant en cela le vœu de l’agent américain Jean Monnet de sinistre mémoire. Et dire que c’est à cette institution tyrannique et dictatoriale que nos classes dirigeantes entendent nous faire adhérer. La Suisse en perdrait sa souveraineté et sa liberté.

Il y a quelques années, j’écrivis à Jacques Neirynck pour lui rappeler ce que je lui devais et l’en remercier une fois encore. Il me répondit simplement que mon livre devait voir le jour et qu’il s’était contenté d’être un intermédiaire. Modestie éminente de la part d’un grand homme.

Jacques Neirynck nous quitte et mon regret est à la hauteur de l’homme qu’il fut. C’était un homme profondément religieux, fasse donc le Ciel qu’il y soit reçu avec les honneurs qui lui sont dus.

Michel Bugnon-Mordant, professeur émérite, essayiste, écrivain, Fribourg

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