Tribune libre – Parking diplomatique

L’autre jour, mon épouse et moi nous rendons à Lisbonne. Cherchant une place de stationnement en centre-ville, je tombe sur un panneau indiquant « places réservées ambassade ». Effectivement, nous étions juste devant les bureaux d’une ambassade d’Amérique centrale…

Une fois correctement garé à une place pour le commun des mortels, je me mets à réfléchir et une question me vient à l’esprit : à quoi peut donc ressembler la journée de travail d’un diplomate d’un petit pays d’Amérique centrale en poste à Lisbonne ? Une région peuplée de moins de 7 millions d’habitants sur une  surface équivalente à la moitié de la Suisse…

Écartant a priori les grands enjeux géopolitiques de notre temps, je me dis que, en dehors des exportations de café, de cacao et de bananes, seuls des dossiers consulaires, c’est-à-dire concernant des citoyens du pays en question, peuvent occuper les journées de ces honorables diplomates. Encore s’agit-il là des services consulaires. Mais que peut donc faire l’ambassadeur, chef de mission diplomatique, toute la journée ?

S’il joue au golf…

S’il joue au golf, il est au bon endroit au Portugal. Si ce n’est pas le cas, soit il se met au bridge, soit il sombre dans l’alcoolisme, soit encore sa force de caractère lui permet de résister à certaines tentations que la morale réprouve. 

Il peut en tout cas s’acheter une belle voiture en franchise de taxes, une voiture à laquelle seront attribuées des plaques diplomatiques, ce qui lui permettra d’échapper aux amendes et de se pavaner tout en narguant la police locale en cas d’infraction caractérisée… 

Il y a en tout cas des activités humaines qui laissent rêveurs. Comme autrefois sous l’ancien régime il y avait le haut et le bas clergé, je suppose que la diplomatie a le même type d’organisation.

Une amende sur le pare-brise

Mais n’accablons pas ces talentueux fonctionnaires qui coulent des jours heureux, sans doute indifférents à l’agitation qui les entoure. Ils remplissent leurs tâches avec zèle et dévouement. Leurs obligations sociales se limitent à des cocktails mondains où il faut savoir se débarrasser poliment de l’importun(e) qui vous tient la jambe avec ses considérations politico-philosophiques.
 
Puis, leur mission achevée, ils repartiront vers d’autres horizons diplomatiques où les attendront d’autres dossiers et d’autres cocktails mondains.
 
Quant à moi, je retrouve ma voiture avec une amende sur le pare-brise : je m’étais garé sur une place réservée aux employés de la mairie de Lisbonne. La vie est une dure lutte… 

Christian Lecerf, Lisbonne

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