PAR CHRISTIAN CAMPICHE
Affaire du bobeur israélien aux JO. Le journaliste de la RTS a-t-il bien fait de mentionner de long en large, en les critiquant, les options politiques du sportif plutôt que de commenter ses performances?
Le service public fait amende honorable, il admet que la diatribe est trop longue, retire la vidéo controversée, tout en défendant son collaborateur sur le papier. Un modèle de contorsionnisme.
Les réseaux s’en mêlent, chacun y allant de sa petite musique. En substance: « Le journaliste est légitimé car l’athlète est le premier à revendiquer ses positions à la manière d’un activiste ». « Il a tort, car il n’a pas à prendre parti pour une cause qui le dépasse ». Au milieu de la polémique – mais chut, passons à autre chose – s’invite bien sûr la votation toute proche sur l’avenir de la SSR par redevance interposée, dont l’enjeu est dans tous les esprits, c’est clair. Les partisans du oui à l’initiative se frottent les mains mais rien ne dit que d’autres citoyens ne trouvent pas que l’affaire du bobeur milite en faveur du non, finalement. Peu probable qu’un sondage tranche sur le sujet, le moment est trop délicat.
A ce stade de la réflexion, une évidence s’impose: vitrine des nations, symbole de la puissance des Etats, surtout dans les régimes totalitaires, le sport n’est jamais vraiment neutre, c’est une chose. En attestent des événements médiatisés comme le poing levé des athlètes afro-américains aux JO de Mexico en 1968 ou le boycott des jeux de Moscou par les Etats-Unis en 1980, puis celui de Los Angeles par les Soviétiques en 1984.
L’autre aspect est le comportement médiatique observé la plupart du temps lors des grandes compétitions. Une « neutralité » de circonstance induite par la nécessité d’éviter une ambiance chaotique et contre-productive en termes de performances, dans la mesure où elle nuirait à la concentration des principaux acteurs, les sportifs. Ce n’est pas pour rien que la Charte olympique interdit toute propagande politique. Idem à la Fédération internationale de football, pour changer de cirque – fort rentable, au demeurant. Que dirait-on du prochain mondial, si tout à coup les journalistes se permettaient des remarques sur les droits de l’homme? Certains duels promettent à ce niveau, pour ne citer que le match entre l’Iran et la Belgique, celui entre l’Algérie et l’Autriche, voire même entre les Etats-Unis (prière de ne pas penser à certaines banlieues!) et le Paraguay.
Mais que cela n’altère pas notre confiance en l’amitié entre les peuples. Et ne boudons surtout pas notre plaisir: en ski, à Cortina, la Suisse a fait le plein de médailles.


La problématique a trois dimensions, de mon humble point de vue :
1. manque d’adhésion aux valeurs prônées, ici à celles des J.O, votées par le CIO à sa création en 1894: amitié des peuples, respect des règles et des rapports humains, excellence sous la devise « Altius, Citius, Fortius » selon Coubertin/Didon et couronné du ‘Communiter’ (ensemble) en 2021 !
2. tendance à tous les « -ismes », suffixe qui signifie extrême et que l’on retrouve dans des mots comme féminisme, laïcisme, wokisme ; nous en avons encore déploré les excès avec la mort de Quentin Deranque à Lyon, des débordements sportifs allant du hooliganisme aux jets explosifs.
3. le conflit, mode de vie des temps modernes, où l’on met de la force à toutes les sauces en oubliant que cette même force s’appelait courage à une époque, le cœur à l’ouvrage, pas la sauvagerie… Comment prôner la paix intérieure spirituelle et le juste milieu stoïcien au 21ème s.?
Que les media du monde montrent l’exemple de la modération !