A Lyon, un jeune militant «identitaire» de 23 ans, Quentin Deranque, a été battu à mort par un groupe d’au moins six individus masqués et cagoulés, prestement désignés comme des «antifas» d’extrême- gauche, la Justice s’abstenant de les identifier comme tels ou comme quoi que ce soit d’autre avant d’être sûre de qui ils sont. A ce stade, on se contref… que le lynché soit un militant d’extrême-droite et ses lyncheurs des «antifas» ou seulement des abrutis. Nous ne prétendons pas être un modèle présentable de non-violence, mais tout de même: les antifas autoproclamés qui, si ce sont eux, ont battu à mort Quentin Deranque après un affrontement avec des «identitaires» qui se sont enfuis en laissant le jeune homme aux mains de ses agresseurs, n’auront pas combattu le fascisme, mais, en reprenant ses méthodes, auront seulement permis aux fascistes réels de se présenter comme des victimes. Et à la bêtise au front de taureau de s’exhiber fièrement.
« Briser des têtes, ce n’est pas dissiper les ténèbres »
Il n’y a d’histoire qu’humaine, et la violence est dans l’histoire comme la bêtise dans l’humanité. L’homo sapiens étant un animal politique, puisque sapiens, il est à la fois producteur et produit d’une culture politique. Et il se trouve qu’il n’y a de culture politique qui ne fasse ou n’ait fait, quelque place à la violence, ni d’Etat, se prétende-t-il démocratique, qui n’en revendique pour lui le monopole. Face à ce monopole, la violence, c’est la ressource que trouvent ceux qui n’en trouvent pas d’autre. En France, ceux qui voient le présent plus violent que le passé, se souviennent-ils, s’ils les ont vécues, des années cinquante et soixante ? Et de ce que l’histoire de leur pays et de leur société, pût contenir de violence?
Pour George Sorel, la violence est politiquement créatrice. Pour Marx, elle est l’accoucheuse de toute nouvelle société. Et on n’aurait garde d’oublier, si on veut étendre à la religion le champ des justifications de la violence, les très catholiques Simon de Monfort pendant la croisade contre les Cathares («tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens») ou Charles IX le jour de la Saint- Barthélémy («tuez les tous, qu’il n’y en ait plus aucun qui puisse nous le reprocher»), ni les djhadistes ni les zélotes.
A Lyon, il y eut mort d’un homme sous des coups de six hommes. Un lynchage. Ici s’impose la réponse de Sébastien Castellion à Calvin justifiant la mise à mort de Michel Servet:
Tuer un homme, ce n’est pas défendre une doctrine, c’est seulement tuer un homme.
Et s’impose aussi cette question: Que faire pour éviter l’arrivée au pouvoir du fascisme, quelle que soit sa forme? User avant cette prise du pouvoir des mêmes méthodes dont lui-même use pour le prendre? Attendre qu’une fois arrivé au pouvoir, il en use de telle manière que les plus pacifistes, non-violents, libéraux et tolérants prennent les armes contre lui comme nous y serions alors requis si la malignité des temps l’exigeait? Ou constituer quand il est encore temps une force sociale et politique, capable de le maintenir dans une marge impuissante?
C’est l’enjeu, aujourd’hui. Et ce fut l’échec de l’antifascisme que de ne pas l’avoir relevé en Italie, en Allemagne, en Espagne. Et c’est l’échec du mime de l’antifascisme par ceux qui ne savent rien du fascisme que de ne pas comprendre que «briser des têtes, ce n’est pas dissiper les ténèbres» (Sébastien Castellion, encore)…
Pascal Holenweg, Genève

