Tribune libre – Etats-Unis, tels qu’en eux-mêmes pour l’éternité

La nation « indispensable », l’Etat « bienveillant », tout cela autoproclamé, ne cesse de se révéler dans sa nature profonde : un Etat pirate, l’Etat voyou qu’il n’a cessé d’être depuis le pillage du Mexique en 1848, lorsqu’il a volé 45% de son territoire, jusqu’à la tentative – une de plus – de changer le régime d’un Etat souverain, en l’occurrence l’Iran. Tout cela, fondé sur une suite de mensonges, de fabrications, d’excuses de « sale gosse » plus fort que les autres et qui entend décider de tout pour tous. 

Le droit international ? Il n’en a cure. Ce n’est que le droit du plus puissant et du plus violent qui sévit ici. L’enlèvement scandaleux du président élu du Vénézuéla ? Il était à la tête d’un gigantesque trafic de stupéfiant, telle est la justification. Mensonge, en réalité. L’Iran ? Etat terroriste menaçant la sécurité des Etats-Unis. Mensonge encore une fois. Avec ses millénaires d’existence, l’Iran, la Perse de jadis, est un grand empire historique, un bassin de culture qui a droit au respect. Seulement, voilà : il a, en 1979, décidé de se débarrasser du joug étranger et de son représentant dispendieux et cruel, le Shah. En passant, il a humilié l’Amérique en séquestrant durant plusieurs semaines le personnel de son ambassade à Téhéran, moment d’intense plaisir, je dois le dire, pour ceux qui attachent plus d’importance à l’indépendance nationale d’un Etat digne de ce nom qu’à la dictature d’un Etat voyou qui ne se préoccupe que de ses intérêts.

Droit de cuissage nucléaire

L’Iran cherche à acquérir l’arme nucléaire ? Probablement, et c’est son droit le plus absolu, je dirais même son devoir s’il veut protéger son peuple : pas question que seuls les valets de l’Amérique en disposent. La Corée du Nord existerait-elle encore si son arsenal nucléaire ne s’avérait pas dissuasif ? Que lui reproche-t-on, par ailleurs ? La même chose qu’à Cuba, à la Chine, à la Russie : ces nations refusent à juste titre d’obéir au tyran qui fait de notre monde un enfer. De quelle autorité, par le fait, celui-ci s’arroge-t-il le droit de décréter que telle nation peut détenir l’arme nucléaire, tandis que telle autre en sera privée ? La réponse, on la connaît : le tyran planétaire est la nation élue, seule habilitée à autoriser les autres pays et les autres peuples soit à vivre soit à mourir ; il est la nation investie d’une « destinée manifeste », la « lumière sur la colline ». Seulement, sa lumière, c’est le feu qui détruit, qui torture, qui réduit en cendres. 

La preuve : Cuba. Cuba qui, courageusement, par ses propres moyens, s’est libéré en 1959 de sa qualification déshonorante de « bordel de l’Amérique » et d’univers de la corruption, comme l’Ukraine, comme tout ce que touchent les Etats-Unis, pour devenir une petite nation libre. Là aussi, la gifle au bon oncle Sam a généré au cœur du pouvoir américain une blessure qu’il n’a jamais pardonnée. C’est pourquoi, alors que l’île commençait à prospérer, à développer une agriculture plus qu’honorable, à mettre sur pied un système éducatif exemplaire et une médecine sans équivalent sur tout le continent, la rancune mesquine et sordide de Washington a mis en place un garrot maintenu depuis 60 ans. 60 ans ! Un boa de taille gigantesque étouffant progressivement un petit pays qui a réclamé et s’est offert par le sang et le courage le droit de vivre comme il l’entendait. Un petit pays qui sera sans doute la prochaine victime du « sale gosse ».

Une paix bien lointaine

Mais il y a un autre Etat, Amérique en miniature mais pas moins dangereux, arrogant, vaniteux et agressif. Un Etat que l’Amérique soutient, au détriment du peuple américain et de ses intérêts. Mais de cet autre Etat, je ne dirai rien, car il a réussi à conquérir, seul exemple dans l’Histoire, l’immunité absolue. Il piétine le droit international, lui aussi, depuis plus de soixante ans ; il massacre, pille, étrangle, lui aussi, ceux qui lui résistent parce qu’ils veulent simplement exister sur une terre qui est la leur depuis les siècles des siècles. Il entend voler des terres qui ne lui appartiennent pas pour recréer un royaume qui n’a jamais existé que dans un vieux Livre auquel les deux tiers des peuples de la terre ne croient pas. Mais dire des vérités essentielles à propos de cet Etat hors la loi vaut menace de mort sociale dans cette Europe devenue cimetière de la liberté d’analyse et d’expression. Je me tairai, donc.

L’Iran, pour en revenir à lui, s’il continue à résister tout en infligeant des dégâts consistants à ses adversaires, s’il tient encore cinq ou six semaines, trouvera face à lui une Amérique ayant épuisé une bonne partie de ses réserves de munitions antimissiles. Ce sont des officiers supérieurs et des analystes américains confirmés qui l’affirment. Alors, souhaitons à l’Iran, quel que soit son régime – qui ne regarde que ses citoyens – courage, ténacité et succès.

Tout pourrait se dérouler dans une harmonie relative sur notre vieille terre. Après tout, qu’avons-nous face à face ? De grandes nations, grandes civilisations, qui ne demandent que stabilité des relations, respect réciproque, sécurité pour leurs citoyens et échanges économiques équitables : la Chine, la Russie, l’Iran, l’Inde, entre autres. Face à eux, deux pays qui perturbent, agressent, pillent et tuent, deux prétendants à une élection divine fantasmée. Par leur faute, et avec le soutien des traîtres qui dirigent les pays européens dont la Suisse se rapproche dangereusement, la paix risque bien de n’advenir jamais.

Michel Bugnon-Mordant, Fribourg

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