PAR SANTO CAPPON
La géopolitique, aussi fine et nuancée soit-elle, n’explique pas tout. Le patriotisme, les nationalismes, les nuances suprémacistes qui souvent en découlent, sont à la manœuvre. Mais pas seulement.
Dans le salon ovale de la Maison Blanche on a vu, le 5 mars 2026, Trump entouré des leaders religieux acquis à sa cause. Blottis tout contre sa personne et l’air éperdu, ils et elles ont tendu le bras jusqu’à lui (photo à l’appui), ne serait-ce que pour le toucher ou l’effleurer avec ferveur. Comme s’il était le messager, le signe avant-coureur d’un accomplissement divin. Annonçant peut-être et d’une manière subliminale, « la fin des temps ».
L’Apocalypse de Jean
Car les dizaines de millions d’évangéliques américains qui ont voté pour lui, l’ont fait pour activer une Espérance : celle de l’Apocalypse annoncée par Jean dans son Evangile. A savoir et selon eux, pour précipiter le retour imminent de Jésus en Terre Sainte.
La déstabilisation globale du Moyen-Orient, telle qu’elle se profile aujourd’hui et compte tenu de l’enlisement probable de la guerre voulue par Trump (et Netanyahou) serait en fait, pour ces évangéliques, la scénographie obligée du chaos généralisé précédant l’avènement du Royaume de Dieu.
« Nous sommes entraînés à tuer »
Pete Hegseth, secrétaire américain à la Guerre (et non plus de la simple Défense), s’annonce d’ores et déjà comme le chevalier blanc d’une meute millénariste guidée par la force des armes. Sur son bras, il a fait tatouer « Jésus » en langue hébraïque, ainsi qu’une grande Croix de Jérusalem, celle des Croisés, sur sa poitrine. « Nous sommes entraînés à tuer » a-t-il déclaré, « pour anéantir l’ennemi et briser sa volonté ».
Pour marquer le rôle décisif de la religion, Trump a installé Paula White à la Maison Blanche, aux commandes d’un « bureau de la Foi ». Pasteure évangélique charismatique, elle conforte le Président dans son rôle d’homme providentiel confortablement installé dans la temporalité des choses, en affirmant notamment que « la richesse est un signe de bonne santé spirituelle », alors que « la pauvreté serait une punition venue d’en-haut » …
Suprémacistes israéliens
Cerise sur la gâteau : l’ambassadeur américain en Israël n’est autre que Mike Huckabee, ancien gouverneur de l’Arkansas et fervent sioniste chrétien. Affirmant que le peuple palestinien est une invention, que la Cisjordanie occupée ça n’existe pas. Que de la mer au Jourdain la totalité des terres revient à Israël en vertu du legs que Dieu avait fait pour toujours, au peuple juif. Car lorsque Jésus reviendra à Jérusalem et cela ne saurait tarder, l’ensemble des Juifs réunis sur leur terre le reconnaitront finalement en tant que Messie, solennellement annoncé dans l’Ancien Testament de la Bible.
De ce côté-là, le décor est ainsi planté.
Sauf que du côté des suprémacistes israéliens que Netanyahou a intégré dans son gouvernement afin d’obtenir une majorité à la Knesset, l’affaire est pliée d’avance mais n’a rien à voir avec Jésus : pour eux et ceux du Likoud, la Bible est un cadastre qui attribue à Israël non seulement ses contours légitimes, ceux d’avant la guerre des Six Jours (1967), mais la totalité du terrain jadis peuplé par les « Douze Tribus ». Les colons israéliens de Cisjordanie, s’attaquent régulièrement aux PalestinIens de leur proximité, en toute impunité et avec l’acharnement quasi mystique de leur « bon droit ».
Le messianisme chiite
Quant aux musulmans de la région, surtout les chiites d’Iran et ceux du Hezbollah libanais ainsi que les Houtis du Yemen, ils ne sont pas en reste …
Car le messianisme chiite repose sur l’attente du douzième imam, le Mahdi (ou l’imam caché), disparu en 941. Il reviendra à la fin des temps pour rétablir la justice et ramener les Infidèles dans la Vérité. Entré jadis en « occultation majeure », le Mahdi s’incarne-t-il actuellement en Mojtaba Khamenei, fils du guide suprême Ali Khamenei assassiné par les Israéliens ?
Est-il dès lors considéré comme étant ce fameux « imam caché » ? En tant que nouveau guide suprême, Mojtaba est en effet dissimulé à la vue de ses concitoyens pour avoir été blessé lors du bombardement ciblé qui a tué son père. Toujours est-il qu’en toute vraisemblance l’Iran ne capitulera jamais face aux agresseurs afin, sans doute, de précipiter le chaos ultime et promouvoir la fin des temps.


