Tribune libre – Paradoxe de l’ONU et implosion du droit international

En adoptant la résolution 181 dite de «partition de la Palestine» le 29 novembre 1947, un peu moins de deux ans après sa fondation (24 octobre 1945), l’ONU, confrontée à la contradiction inhérente à son double statut de «gardienne de la paix» et de faîtière de «l’ordre» impérialiste, entérinait les conditions de sa propre disparition. Aujourd’hui, la coquille est vide et la page ouverte en 1945 définitivement tournée. De l’ONU, il ne reste plus rien.

En adoptant le plan de Trump pour Gaza le 17 novembre 2025, l’ONU a définitivement cessé d’exister. Après 78 ans de services rendus à l’impérialisme, après l’adoption de pas moins de 229 résolutions censées entraver la brutalité de la colonisation israélienne, jamais appliquées, de l’ONU, du Droit de la guerre, des Conventions de Genève, de sa Charte et du droit international, il ne reste plus que les cendres. Son Secrétaire général, Antonio Gutierrez, tel un aumônier face à la fosse, pérore encore. Son prêche, pendant que les bombes s’abattent sur une partie du Proche et Moyen-Orient, porte sur le climat et la montée des eaux. À sa décharge, se faire enfiler un plan de reconstruction pour promoteurs milliardaires sur les décombres de Gaza, monter à la tribune des Nations Unies devant le fait accompli du nouveau concept «normatif» de «toute licence aux guerres préventives» n’est pas mince affaire.

De fait, l’ONU, morte et enterrée, n’est déjà plus qu’un souvenir. Pour l’impérialisme-US en crise, l’ONU, son droit et ses instances aux allures de cirque démocratique, étaient obsolètes. Tout cela est balayé, et même déjà remplacé par le «Conseil de la paix» de Trump. Il en va du Lebensraum des États-Unis et de la guerre impérialiste globale que Washington se prépare à mener contre la Chine.

Mais attention !

Les peuples, à commencer par les travailleurs américains eux-mêmes, n’ont pas dit leur dernier mot. À lire les résolutions contre la guerre de Trump adoptées notamment par les trois sections syndicales de United Auto Workers (UAW) de Californie, par la direction de SEIU (personnels de santé, des services publics et d’entretien), par United Electrical Workers, par le syndicat des infirmières, National Nurses United et les appels à manifester lancés pour le 28 mars par le mouvement «No Kings» dans 3’000 villes des États-Unis sur le mot d’ordre «Non aux guerres impérialistes de conquête !», le moins que l’on puisse dire est que la résistance s’organise. N’oublions pas la mobilisation des travailleurs de Minneapolis, leurs grèves et leurs manifestations en soutien aux plus précaires d’entre eux, les travailleurs issus de la migration. N’oublions pas qu’après s’être fait élire sur un programme xénophobe d’expulsion des latinos et d’autres travailleurs migrants, Trump, ce colosse aux pieds d’argile, a mis genou à terre sur cette thématique-là précisément, en retirant la totalité des barbouzes de l’ICE (sa milice de persécution des travailleurs migrants) de la ville de Minneapolis dans l’État du Minnesota. Si cela a été possible, c’est qu’hormis toutes les associations et organisations humanitaires, culturelles et citoyennes présentes à Mineapolis, l’AFL-CIO (l’une des plus grandes organisations syndicales au monde) du Minnesota s’est jointe au mouvement et que par -27° Celsius, le 30 janvier, 50’000 travailleurs étaient dans la rue, pour certains, comme l’autorisent la loi aux USA, armés jusqu’aux dents.

Leur sale guerre se mène à l’extérieur comme à l’intérieur… À l’intérieur, au prétexte d’augmenter les budgets militaires, et d’engraisser au passage les marchands de canons, états-uniens pour la plupart, elle est menée d’abord par la mise en œuvre de politiques de rigueur. Autrement dit, par des coupes dans les budgets de la santé, de l’éducation et de la formation. À l’extérieur, elle est menée systématiquement, tant par des gouvernements dits de gauche que de droite, par mille et une précautions diplomatiques de soumission complaisante à l’égard des exigences et de la ligne de conduite fixée par l’impérialisme.

Facteurs de contradictions de plus en plus intenables, ces politiques de soumission à la guerre impérialiste sont limitées par le fossé croissant qui se creuse entre les États compromis et leurs populations. Autrement dit, entre les conditions objectives de vie toujours plus dégradées des travailleurs et les besoins toujours croissants, quel qu’en soit le prix humain, nécessaires au maintien du régime failli de la propriété privée des moyens de production et, partant, des oligarchies qu’il engendre. N’oublions jamais que quand la guerre constitue le dernier recours des classes dominantes (et de leur État) à se maintenir, la guerre civile et les révolutions ne sont jamais très loin !

Michel Zimmermann, militant ouvrier, Genève

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