PAR ALYZÉE DUBOIS
Comment se fait-il que certains drapeaux aient plus la cote que d’autres? Je ne vois nulle part des étendards du Soudan flotter au vent lors des manifestations dans les rues et au sein des universités. Je n’en vois pas, car il n’y a malheureusement pas de manifestants prêt à mouiller leur chemise pour ce pays. Serait-ce dû à ses couleurs? Je ne pense pas puisqu’on y retrouve le vert, le blanc, le rouge et le noir. Mais il est vrai que celles-ci ne sont pas disposées à l’identique que dans d’autres pays. Chez certains, ce sont des bandes agrémentées d’un triangle. Alors, serait-ce la texture de son étoffe qui ne serait pas assez fine, trop lourde pour virevolter au gré du vent?
Que nenni! Là-bas, au Soudan, les gens meurent dans l’indifférence totale. Et pourtant, on compte déjà plus de 200’000 morts. Ce n’est peut-être pas assez pour que les manifestants du dimanche sacrifient quelques heures pour montrer leur indignation. A partir de quel moment est-il légitime de s’insurger contre la violence faite à certaines populations? Est-ce une question de proximité? De couleur de peau? De religion? Mais alors de quoi? J’ai beau me creuser la cervelle, je ne trouve pas de réponse objective. Donc, il se pourrait que ce soit subjectif. Simple supposition.
Oubliés de l’histoire présente
On a beaucoup parlé ces dernières années de la guerre entre l’Ukraine et la Russie, celle entre Israël et les territoires palestiniens de Gaza et de Cisjordanie, mais il en existe bien d’autres! Le Proche-Orient ressemble à une cocotte minute prête à exploser. L’Afrique est en feu. Qui parle ou s’émeut des combats en République démocratique du Congo? Oubliés le Burkina Faso, le Cameroun, la République centrafricaine! Indifférence totale face à l’Ethiopie, le Mali, le Nigéria, le Sénégal, le Mozambique, la Somalie… Il est vrai que ces guerres ou conflits sont des oubliés de l’histoire présente. Ils n’ont pas droit à la médiatisation. Malheureusement, la presse ne joue pas son rôle d’informateur. Ce manque de visibilité est très inquiétant. Certains conflits font les gros titres des médias internationaux, alors que d’autres passent sous les radars de l’information. Ils sont ignorés!
Et comment l’empathie se déclenche-t-elle? En fonction de quels facteurs? Les médias jouent-ils un rôle dans l’engouement qui mobilise les citoyens de nos pays respectifs? J’avoue ne pas très bien comprendre. L’adhésion à une cause, être en faveur de, se positionner pour ou contre quelqu’un ou quelque chose me paraît assez nébuleux. Parfois, les convictions de certains se propagent comme un virus de neurone en neurone, il ne reste pas ou peu de place pour l’analyse, la documentation. On y va, tête baissée, sans regarder si on est dans la bonne direction. Mais on fonce quand même!
Quelle flotille pour le Soudan?
Cependant, ce que certaines ONG ou partis politiques, ou même certains pays sont capables de faire pour les uns, pourquoi ne pas répéter les actions ou revendications pour les autres? Par exemple, je n’ai pas entendu parler de flottille pour le Soudan, et encore moins d’aide humanitaire pour plus de 30 millions d’entre eux. Est-ce que les morts là-bas ne compteraient pas? Les femmes et les enfants violés n’auraient pas notre respect, ne mériteraient pas notre indignation? Et l’Iran, qui pense à ces pauvres gens assoiffés de liberté, qui espèrent leur délivrance alors que notre regard est fixé sur le prix de l’essence ? Pourtant, nous portons tous en nous une parcelle humanité…
(Écrit le 18 novembre 2025)

