Viktor Orbán part, et après ?

Texte: Bálint (Valentin) Géza Basilides, à Budapest
Photos: Nathan Guillemin et Kilian Guiet, Journal Francophone de Budapest

L’apôtre de l’illibéralisme, l’exemple pour les (néo)réactionnaires, lui qui démontrait qu’il était possible de démonter l’Etat de droit, restreindre à l’extrême la liberté de la presse, soumettre la justice et le parlement, se comporter en parrain de la mafia, gouverner en kleptocrate, sur le plan international utiliser le chantage vis-à-vis de ses alliés et se lier avec les totalitaires qui n’acceptent pas d‘opposants, tout en étant aimé de son peuple, a été rejeté par les électeurs hongrois.

Un symbole est tombé de son piédestal. Les nationalistes, les réactionnaires populistes ont pris une claque. Et après ?

Samedi 11 avril 2026, Orbán tient son dernier meeting devant les caméras du monde entier.

La chance, l’habileté, la roublardise d’Orbán et les conditions locales hongroises expliquent sa longévité. Lors du changement de régime, en 1990, il était libéral. Le symbole des jeunes démocrates qui voulaient se libérer du joug soviétique et s’ancrer dans l’Europe. Au milieu des années nonante, se rendant compte que la majorité des électeurs vit en province et est conservatrice, il devient conservateur et nationaliste.

La crise mondiale vient à son secours

Avec cette conversion, en trahissant nombre de ses amis et sponsors libéraux, il arrive au pouvoir et gouverne de 1998 à 2002. Durant ce premier mandat, il se comporte déjà en magouilleur intransigeant. Par exemple en utilisant l’autorité fiscale pour punir ses opposants. Inacceptable pour le peuple qui en 2002 et 2006 le rejette. Il dit alors:

Il est impossible que la nation ne gouverne pas !



Il organise une opposition nationaliste en créant des clubs, des cercles revanchards au parfum fasciste. Son parti s’approprie les symboles hongrois historiques (cocarde tricolore, carte de la Grande Hongrie, la couronne royale, etc). En 2008, la maladresse du premier ministre socialiste et la crise mondiale viennent à son secours. Là, lors des élections locales, très habilement il suscite assez de méfiance et de haine pour que son parti, le FIDESZ, remporte la majorité des mairies. Des potentats locaux s’installent et vont l’aider à gagner les élections de 2010.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, il est élu sans avoir présenté de programme. Son élection est due au rejet des autres partis qu’il a réussi à discréditer. La suite est connue : avec une majorité des deux tiers au parlement, il crée une nouvelle constitution et de nombreuses lois qui lui permettent de gouverner durant seize ans, quasiment sans contre-pouvoir. Les observateurs se rendent compte des dérives et de l’appauvrissement du pays, mais les médias libres ne sont plus là pour alerter l’opinion. L’opposition, encore dans une logique démocratique, ne trouve pas la faille, ne réussit pas à s’unir et Orbán utilise la vielle recette de diviser pour régner et aussi de désigner des boucs-émissaires qui sont tour à tour des tziganes, des sans-abris, des juifs, des libéraux, des homosexuels.

Magyar réussit l’impensable

Bien entendu, il a ses courtisans, des profiteurs qui s’enrichissent et profitent de leur position pour commettre toutes sortes d’actes répréhensibles, de détournements de fonds, abus de pouvoir, prix prohibitifs. Et ce qui devait arriver arriva : à force d’impunité, trop confiant, on finit par dépasser les limites de l’acceptable. Les quelques médias libres qui ont survécu et les réseaux sociaux jettent une lumière crue sur les abus et les injustices.

Il ne manquait plus qu’un tribun pour transformer le mécontentement en mouvement, cristalliser l’envie de justice et vaincre les peurs. Peter Magyar, est sorti de la mouvance FIDESZ, dont il connaît tous les mécanismes, (il a partie du cabinet d’Orbán). Personnalité jusque-là inconnue, petit rouage du système dans l’ombre de sa femme (Judit Varga, ministre de la justice), il s’est présenté sous les projecteurs suite à un scandale qui a secoué le pays : un condamné, complice d’un pédophilie, ayant reçu la grâce présidentielle est libéré avec l’accord de la ministre. La présidente de la république et la ministre ont dû démissionner.

Le lendemain, ne craignant plus de nuire à la mère de ses enfants, il s’est lancé dans la politique et réussit l’impensable: le 12 avril 2026, le parti TISZA dont il est le président a obtenu 138 sièges sur 199 au parlement. Le FIDESZ a 55 sièges et 7 vont à l’extrême droite nationaliste et xénophobe.

En face du Parlement, avant l’annonce des résultats.

Succès à nuancer

Est-ce à dire qu’il est aimé et peut simplement prendre la place de Viktor Orbán ? Ce n’est pas si simple. Son succès est à nuancer car beaucoup d’électeurs l’ont suivi pour de se débarrasser d’Orbán. Des partis d’opposition ne se sont pas présentés aux élections afin de permettre à Magyar de renverser Orbán. Cela ne signifie nullement que les idées et désirs libéraux, socialistes et progressistes n’existent plus en Hongrie. Si les promesses d’une démocratie «normale» à l’occidentale sont ténus, dans quatre ans le paysage politique sera tout autre.

La grande majorité des Hongrois est pleine d’espoir mais sait que Magyar n’a pas de baguette magique. Que va faire le gouvernement de transition qui peut être en place jusqu’au 12 mai ? On se méfie de ce que prépare le plus grand parti d’opposition, le FIDESZ. Une fois déjà Viktor Orbán est revenu au pouvoir. Comment vont réagir les puissants (Trump et Poutine) dont le champion a perdu? L’Union Européenne va-t-elle débloquer les fonds destinés à la Hongrie ?

Le rôle des jeunes générations

Une chose est de bon augure pour les démocraties du monde entier: les jeunes qui n’ont connu que le gouvernement Orbán, malgré la pesante propagande d’Etat ont voté en très grande majorité pour le changement. Donc l’envie de justice et d’honnêteté ne peut être étouffée. A long terme, les partis extrémistes ne peuvent rester au pouvoir.

Encore un risque majeur : les potentats locaux, (des maires, des employeurs et des prêtres) sont toujours en place et pourraient fortement freiner les nouvelles dispositions de l’Etat central. Là aussi il faudra introduire des contre-pouvoirs et des systèmes de contrôle.

Mais bon ! Laissons ces difficultés pour demain et fêtons avec le peuple hongrois ce moment de bonheur et d’espoir. BGB

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