Après seize ans de pouvoir sur la Hongrie, Viktor Orbán et son parti, le Fidesz, sont lourdement tombés de leur piédestal le 12 avril. Le parti rival, Tisza, a obtenu plus des deux tiers des sièges au parlement et son chef, Péter Magyar, va devenir le nouveau Premier ministre. Une révolution dans les urnes ? Disons : un retour à une certaine normalité démocratique. La chute de l’inspirateur des extrêmes-droite européennes, Orbán, est une excellente nouvelle… même si son successeur est issu du parti d’Orbán, pas d’une gauche alternative. La gauche ne soutenait pas le programme de Magyar, elle soutenait le seul candidat capable de battre Orbán. Y verra-t-on le message que pour battre une candidature d’extrême- droite, rien ne vaudrait une candidature de droite? En France, on imagine bien Edouard Philippe et Dominique de Villepin répondre «oui, la mienne»…
Le futur Premier ministre hongrois Péter Magyar a promis de démanteler «brique par brique» le système autoritaire mis en place par Viktor Orbán. Il a promis de rétablir des relations normales avec l’Union Européenne et l’OTAN, d’améliorer les services publics, de lutter contre la corruption, de restaurer l’équilibre des pouvoirs, l’indépendance de la justice, l’autonomie des universités et la liberté des media -bref, d’opérer un véritable changement de régime… mais il n’a nullement promis de rompre avec la politique xénophobe d’Orbán, qui avait bunkérisé la Hongrie face aux réfugiés. Toute l’extrême-droite européenne avait pour Orbán les yeux énamourés des fidèles. Il était soutenu et défendu par Trump, Poutine, Le Pen, qui, le 23 mars louait «l’intelligence, le courage et la vision» d’un dirigeant «exceptionnel», dont la victoire allait annoncer pour 2027 «une vague électorale qui transformera l’Europe en 2027». On se gardera bien, de croire que la défaite d’Orbán annonce d’ores et déjà celle de l’extrême-droite en France et ailleurs, on se contentera de répéter que ce qu’Orbán a fait en Hongrie, et que Trump a commencé de faire aux Etats-Unis, est précisément ce que ses pairs, ailleurs, entendent faire chez eux, s’ils en ont la possibilité. Orbán a enseigné à Meloni, à l’AfD allemande, à Ma’Dalton et sa baudruche en France, et même à Trump. Qu’est-ce que Magyar peut enseigner? Que les victoires de l’extrême-droite ne relèvent ni d’un destin, ni d’une fatalité, mais résultent seulement de la faiblesse de ses adversaires. De leur faiblesse, et de leurs divisions. Magyar a gagné parce que même celles et ceux qui étaient en profond désaccord avec lui, son parcours et des points importants de son programme, ont voté pour lui pour se débarrasser d’Orbán. Le jeu était à somme nulle : c’était Orbán ou Magyar. Un choix simpliste, pas forcément enthousiasmant, mais qui a permis à l’un de mobiliser toutes celles et ceux qui ne voulaient plus de l’autre et de sa mainmise et de celle de son parti, sur la société, les institutions, les media.
A défaut d’être d’accord sur ce qu’ils voulaient, les adversaires d’Orbán savaient ce dont ils ne voulaient plus. Il leur fallait donc se rassembler, ils l’ont fait, et ils ont gagné. Cela ne suffit pas à un réel changement politique, mais c’était nécessaire pour le rendre possible.
Pascal Holenweg, Genève

