La Hongrie donne-t-elle une leçon de démocratie au monde?
Avant l’élection qui a mené Péter Magyar au pouvoir, le consensus était méfiant, pour utiliser un euphémisme. Le « dictateur » Orbán allait-il se laisser croquer tout cru, truquer les élections, mieux: ne pas reconnaître le résultat en cas de victoire de son adversaire?
C’est à tort que le courant dominant a vu tout en noir. Il n’était pas 21 heures, le dimanche 12 avril, quand le Premier ministre sortant a appelé le vainqueur pour le féliciter, donc reconnaître sa défaite écrasante. Le parti de Péter Magyar remporte neuf circonscriptions sur dix! Les journalistes étrangers présents par milliers dans la capitale hongroise n’en reviennent pas, d’autant que la loi électorale avait été changée par le Premier ministre sortant, soi-disant pour le favoriser.
Les observateurs électoraux dépêchés par Bruxelles ont passé une journée tranquille. Les Hongrois ont voté massivement dès l’aube, la participation s’avère record, en début de soirée tout était dit. Comme sur du papier musique, la transition s’opère, inexorable. Le système fait preuve d’une maturité étonnante pour un pays dont la gouvernance est dépeinte comme une machine gangrenée par le clientélisme.
Le passage du témoin est si pacifique que l’on serait tenté de se demander si les adversaires ne sont pas liés par un pacte secret. Si, anticipant la défaite, le parti Fidesz d’Orbán n’a pas voulu faire contre mauvaise fortune bon cœur, en quelque sorte. S’il promet de nettoyer les écuries d’Augias, Péter Magyar n’en provient pas moins du même sérail.
Ancien ministre dans le gouvernement socialiste qui régna entre le premier et le deuxième mandat Orbán, Gabor Fodor balaie toute mauvaise pensée:
Ces élections ont une fois de plus prouvé que la Hongrie est une démocratie, et non une dictature.
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Grasset fait les choux gras des médias. La crème de l’écriture compatit bruyamment aux malheurs du directeur de l’éditeur parisien, renvoyé pour cause d’incompatibilité idéologique avec le propriétaire Bolloré. Elle le fait tellement bien que l’on en vient à admirer l’esprit d’à-propos de certains auteurs, cités à tout bout de champ. La palme à Metin Arditi dont l’indignation est relayée par tous les journaux romands, même deux jours de suite dans La Liberté. L’écrivain genevois jure qu’il ne reviendra plus chez Grasset. Ce dernier lui versera-t-il encore des droits d’auteur pour les livres vendus du fait de ce formidable coup de pub?
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« Une démocrate soupçonne Trump de délit d’initié dans la guerre en Iran ». Que vous disions-nous dans ces mêmes colonnes, il n’y a pas si longtemps?
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Correspondant d’infoméduse à Lisbonne, Albert Ebasque observe que les traders de Genève ont de beaux jours devant eux « car la crise du Proche-Orient ne fait pas que des malheureux ». Et de citer Le Monde pour qui les arbitrages sur le marché des options à terme permettent aux acteurs de réaliser des marges considérables. Le journaliste Serge Enderlin reprend les interrogations du député vert vaudois Raphaël Mahaim qui demande une taxation « immédiate » des superprofits « car ils sont la conséquence d’un conflit qui va affecter le coût de la vie ici (…); ces rentrées fiscales supplémentaires pourraient servir à financer des dépenses publiques pour atténuer les effets sociaux de la hausse des prix. » Le Monde:
Coauteur d’une proposition parlementaire qui n’a aucune chance d’être adoptée (le Parlement est aux deux tiers à droite), M. Mahaim estime qu’en Suisse l’absence d’une véritable autorité de surveillance du marché des matières premières, comme l’est l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers pour le secteur bancaire, « s’accompagne d’un déficit de régulation et de transparence, qui peut faciliter des opérations douteuses. Il existe un avis assez partagé, comme quoi ce domaine du trading sera le prochain grand scandale international à toucher le pays, comme ce fut le cas autrefois avec le secret bancaire.
A noter qu’en France, un groupe de députés de gauche suggère exactement la même chose dans une tribune au « Nouvel Obs ».
En Suisse, en dehors du Courrier, aucun journal n’a repris les propos de M. Mahaim, on se demande pourquoi.
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En 2025, les PDG d’UBS, d’EFG International et de Julius Baer ont perçu des rémunérations variables allant jusqu’à 4,8 fois leur salaire de base, une situation qui ravive les inquiétudes sur la gestion des risques dans le secteur bancaire suisse, relève la Fondation Ethos. Ce groupement de caisses de pension axé sur des principes de développement durable observe que tant le salaire de base que la rémunération du patron d’UBS sont supérieurs de 150% à la moyenne européenne. Rasséréné, Irénée? Que nenni, Annie!: UBS menace de délocaliser aux Etats-Unis où les PDG gagnent trois fois plus, jusqu’à 50 millions de dollars par année. Ben voyons!
Christian Campiche

