PAR CHRISTIAN CAMPICHE
La guerre en Iran fait que l’on occulte un autre conflit dévastateur en Europe. Catastrophique pour l’environnement. L’Ukraine bombarde une raffinerie dans le sud de la Russie, provoquant une pluie noire et une concentration de particules toxiques trois fois supérieure aux normes admises. Avez-vous lu quelque chose dans votre presse locale à ce sujet? Moi rien du tout! Alors ne me parlez plus de Conférence sur le climat, svp.
Ne me parlez plus d’atome non plus. J’appartiens à une génération née avec la bombe atomique et l’enclume d’Hiroshima. Durant ces années de guerre froide, il fallut composer avec l’équilibre dit de la terreur. Deux blocs antagonistes se tenaient à distance l’un de l’autre, veillant à ne pas provoquer imprudemment un incident porteur d’une réaction potentiellement apocalyptique. En 1962, lors de la crise de Cuba, le monde est passé à deux doigts d’une conflagration nucléaire. Cette prudence dura jusqu’à la chute du mur en 1989. Et puis, soudainement, tout changea.
La dislocation de l’empire soviétique décomplexa l’Occident, attisant ses convoitises. Du jour au lendemain, l’ours prédateur devint proie, on cessa de le considérer comme un danger. Cette suffisance se maintint au fil des années, voire des décennies. Quand, soudain, le plantigrade sortit ses griffes, le promeneur du bois poussa de grands cris, appelant le chasseur au secours. Guilleri se pointa avec son escopette dernier modèle, oubliant que l’ancienne URSS, redevenue la Russie en 1991, disposait toujours de l’arme suprême.
La bombe, qui peut assurer aujourd’hui que personne ne l’utilisera? Pour les jeunes générations, le danger semble appartenir au passé et pourtant il n’a jamais été aussi grand. La Russie est un immense pays qui jamais ne pliera devant l’adversité, jamais n’acceptera la défaite. Elle l’a montré à maintes reprises, contre Napoléon, d’abord, puis contre Hitler. Aujourd’hui on nous dit que l’Allemagne se trouve de facto en guerre contre elle, par l’Ukraine interposée. La patrie de Goethe croit-elle sincèrement en sa bonne étoile? Pense-t-elle sincèrement que les missiles de croisière Tomahawk tapis dans ses bunkers la protégeront de l’abomination? Et la Suisse à deux pas, le beau pays de Dunant dont les ministres réhabilitent allègrement les centrales nucléaires qui sont autant de cibles potentielles, qu’en pense-t-elle? Dans les sondages commandés par le lobby électrique, le peuple tourne sa veste. On l’a convaincu que le problème des déchets nucléaires était résolu, que l’atome était propre. Il a oublié Fukushima et Tchernobyl, catastrophe dont on commémore ce jour-même les 40 ans. Non, ne me parlez plus d’atome! Dans quel monde insensé vis-je?

