Premier quotidien francophone au monde, Ouest France traverse une passe difficile, à tel point qu’un plan de contention des dépenses, douloureux, est en marche. Les 4000 salariés de la nébuleuse dont ce journal est le cœur battant éprouvent de vives inquiétudes.
Par Yann Le Houelleur, à Paris
Pendant longtemps, Ouest-France passait pour être le joyau de la couronne de la PQR, trois initiales signifiant… presse quotidienne régionale.
Un géant de papier dont les différentes éditions desservent douze départements, principalement en Bretagne mais aussi en Normandie et dans les Pays de Loire. Chaque jour, les rotatives à Rennes impriment quelque 600.000 exemplaires répartis en 35 éditions, auxquelles s’ajoutent deux éditions numériques.
Les 57 rédactions locales de Ouest France, employant au total 700 journalistes, moissonnent l’information dans ses moindres détails : faits divers, manifestations culturelles, conseils municipaux, querelles de clochers, accidents de la route, mariages et décès…
Ouest-France, assurément, se veut le miroir d’une région attachée à ses traditions mais en pleine transformation, à commencer par la capitale de la Bretagne, Rennes, dont les universités sont infestées par des mouvements gauchistes.
Mais le miroir, depuis quelques temps, se fissure, démoralisant les 4200 salariés de la holding SIPA Ouest-France dont l’Association pour le soutien des principes de la démocratie humaniste est depuis une quarantaine d’années l’actionnaire majoritaire. On l’a compris : sur le papier, Ouest-France n’a rien d’une organisation capitalistique. Or, de l’argent il en faut même pour les entreprises les mieux intentionnées.
La direction du journal a peaufiné un plan de relance, le premier du genre, appelé « Efficience », allant de pair avec un programme d’économie de 15 millions d’euros.
La nouvelle maquette du journal introduite à l’automne dernier a été mise au point à travers un vaste chantier de concertation – huit mois de travail – avec divers panels de lecteurs. Ouest-France était un journal ennuyeux à lire, dont le graphisme rappelait certaines erreurs grossières commises lors des débuts de la photocomposition.
Cette maquette plus dynamique aspire à freiner une lente érosion des ventes tout comme une offre accrue en terme numériques. Ouest-France se classe top 3 des sites d’actualité : 238,4 millions de visites mensuelles. Afin de tonifier les recettes publicitaires, en net recul, les dirigeants de ce quotidien devenu multimédia misent sur la montée en force de la vidéo et sur le « prolongement numérique » du journal.Très en vogue dans les milieux conservateurs, le site en ligne Boulevard Voltaire a émis l’hypothèse suivante : le virage à gauche qu’a négocié le quotidien Ouest-France a heurté les strates les plus conservatrices de son lectorat.
De la sorte, la révolution amorcée à travers le programme Efficience pourrait s’avérer contre-productive. Lorsqu’un média prend le risque de perdre des lecteurs, il compense rarement une telle hémorragie en essayant de convaincre de nouveaux lecteurs de le rejoindre. Et puis, le géant de papier a plombé ses résultats en obtenant l’une des fréquences sur la TNT disponible après la mise à mort de deux chaînes de télévision qui s’étaient attirées les foudres de l’Arcom (le gendarme de l’audiovisuel), à savoir NRJ12 et la chaîne, très populaire, C8 qui appartenait au groupe Bolloré. Or, le poupon télévisé Novo19 souffre d’audiences décevantes selon le journal Le Monde. Toujours est-il que Novo 19 octroie une part considérable de la grille de ses programmes à des documentaires sur le patrimoine architectural et culturel de la France, se tenant à l’écart des polémiques, des débats froissant les susceptibilités politiques… Pas très convaincant.




