Nouvelle fantastique – Maximum 10 milliards

La Suisse exporte ses idées. Suite à une série de votations ou de référendums (la même procédure a des noms différents selon les pays), chaque membre de l’ONU a demandé l’avis de sa population pour décider si le nombre d’habitants de la planète devait être limité à un maximum de dix milliards d’individus. Durant plus d’une année, dans tous les pays les débats furent vifs.

Les partisans de la limitation argumentaient avant tout sur la limitation de l’espace vital. Avec le changement climatique, les terres émergées avaient diminué, provoquant exodes et famines. Les surfaces agricoles étaient devenues moins nombreuses et moins productives. Souvent les récoltes étaient détruites par des incendies et des tempêtes. Malgré les rationnements, tout le monde ne pouvait pas manger à sa faim. Le problème du logement, malgré des lois limitant la surface habitable attribuée à chacun, ne put pas être résolu. Les mesures étaient nationales et différaient selon les pays, leurs us et coutumes, leurs systèmes politiques.

Motifs religieux ou économiques

Les opposants à la limitation utilisaient des motifs religieux du style «Dieu a dit : croissez et multipliez» ou économiques: «si on diminue la population il y aura pas assez de main-d’œuvre, ni assez de clients». Pour faire face à la famine, il faut investir dans la recherche, la chimie et l’industrie agroalimentaire trouvera des solutions pour nourrir tout le monde. Il faut juste un peu de temps et des investissements, des subsides. Le manque de logements peut être résolu par des constructions avec des matériaux nouveaux, plus performants. Puisque l’agriculture n’est plus rentable, on peut utiliser sa terre abandonnée pour des immeubles. Ce point de vue était avant tout partagé par les privilégiés qui dépensèrent des fortunes en vue de faire pencher la balance en faveur d’une population illimitée.

Passons sur les débats préliminaires à la décision populaire. Pour une fois, les «responsables» le furent et décidèrent de demander à leurs citoyens de donner leur avis. Selon l’exemple suisse, la double majorité des pays et des votants était nécessaire pour valider le choix. Bien sûr, ce n’est pas la sagesse qui a conduit à cette résolution. Les politiciens étaient dépassés et c’est l’échappatoire qui a été trouvée pour se déresponsabiliser. Tous les habitants de la Terre ont voté de la même semaine. Des observateurs internationaux ont garanti le bon déroulement et la validité des résultats.

Liquider les vieux

Le «OUI» l’emporta. Presque partout les privilégiés et les prêtres furent mis en minorité.

Et là commencèrent les problèmes liés à l’exécution de la sentence : quel pays limiterait à combien et de quelle manière ?

Certains, nationalistes, voulurent expulser les étrangers, en aucun cas en accueillir de nouveaux. D’autres voulurent appliquer la coutume du cocotier: liquider les personnes âgées ou encore appliquer les recettes du IIIème Reich et supprimer les handicapés. Ailleurs, ce sont des guerre inter-ethniques qui diminuèrent la population. Des guerres inter-étatiques aussi éclatèrent. Les puissances atomiques essayèrent de menacer d’un nettoyage par le vide. On ne les entendit pas.

Bref : ce fut l’enfer. Et, c’est bien connu : l’enfer est pavé de bonnes intentions.

Cserszegtomaj, le 13 juin 2026

Bálint (Valentin) Géza Basilides

Une fresque colorée pour cacher la destruction du parking de la gare de Lausanne: « Tchoutchou », ou l’univers onirique de l’artiste lausannoise Caroline Tschumi. Photo @2026 Le Médusé

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