De retour d’une semaine en Arménie, un voyage de rêve sûrement trop court au carrefour de l’humanité et berceau du christianisme ! On peut partir un peu inquiet, me lance ma guide, la personne d’exception que chacun espère avoir : ce n’est pas un pays « tape à l’œil » ; humilité, souffrance, austérité de ses églises le rendent a priori peu attractif ! Et cependant, je reviens enchanté, dans tous les sens de ce terme, rempli d’espérance pour ce peuple plein de vie !
S’il a confronté la mort dans l’affreux génocide de 1915 où les turcs ont massacré 1.5 Mln de ses concitoyens dans des circonstances atroces, s’il a perdu 2/3 de sa population locale et l’Arménie occidentale, il s’est refait sur un territoire anémié, une peau de chagrin que les azéris grignotent depuis, en annexant, sans vergogne, le Haut Karabagh. Cependant, reste la diaspora forcée à l’émigration et disséminée dans le monde qui continue de le soutenir…
Au croisement des influences
Fort de son histoire, sa culture et sa religion, le pays a conservé ses rites dont la mémoire. Un mémorial surplombe la capitale Erevan et dit la souffrance, l’éternité et la renaissance, dans lesquelles l’Arménie se ressource : un mur de stèles funéraires, une flamme protégée par 12 pétales courbées, au-dessus, en recueillement mais laissant imaginer la fleur qui va s’épanouir et une flèche fièrement levée au ciel, en 2 morceaux rappelant les séparations !
A la croisée des chemins, de la Perse à la Russie, 2 fortes influences de son histoire, de la Méditerranée orientale à l’Asie par les routes de la soie, l’Arménie a vécu d’influences qui ont fait son raffinement. La croix géographique est aussi celle de son adoption, comme 1er pays, du christianisme comme religion d’état, ce en 301 AD. Contrairement à d’autres, il n’a jamais démordu de sa croyance indéfectible en Christ et la religion d’amour qu’il a su nous donner !
Architecture rayonnante
A ce jour, le pays, logé comme dans un berceau de l’islam formé par Azerbaïdjan-Iran-Turquie, conserve, à 99% de sa population, sa verticalité en Christ et son orthodoxie partagée avec la Russie. Mais, il a été le 1er pays à établir un catholicos, c’est-à-dire un représentant universel de son Eglise. Si c’est Ignace d’Antioche en Syrie, successeur de St Pierre dans cette ville, qui prononce, le 1er, ce mot ‘catholique’, c’est l’Arménie qui l’institue et Rome qui le récupère post-schismes…
L’architecture arménienne naît au 4ème siècle, grâce au développement de la religion et son besoin de créer des lieux de communion dans la foi. La base est tétra, comme la croix mais la verticalité s’invente dans la création de voûte en pierre, à la place des charpentes en bois. L’Arménie développe une esthétique architecturale et artistique qui se propage dans tout le monde mais n’atteint l’Europe qu’au 11ème siècle avec l’art roman. L’Arménie est rayonnante.
Racines bien ancrées, la terre tremble régulièrement (amplitude de 6.8 en 1988 à Gumri), la rudesse fait partie des défis mais la résilience se forge en conséquence. Balloté, jalousé et vénéré à la fois, le pays vit de grandeur, d’humilité et d’austérité : son cœur souffre, comme le chante si bien Patrick Fiori, moitié arménien, mais ses membres résistent. C’est un peuple de génies artistiques et de commerçants aguerris qui développent le ramage de la diaspora !
Cultiver la paix dans l’épreuve
Régulièrement poussé à bout mais toujours souriant, l’arménien ne s’est jamais victimisé ; il est courtois, respectueux, miséricordieux et fort de l’amour inconditionnel que lui a enseigné le Christ. Si le mot religion a 2 étymologies, la 1ère marque bien la communion de la relation, la 2ème le besoin de relire, interpréter et transmettre, en conservant une certaine tradition. Le pays est un des seuls où l’on conserve 99% d’adhésion à un seul et même christianisme !
Icône de la civilisation, c’est sa paix intérieure qui permet à l’Arménie de soutenir sa culture, son histoire, sa religion. Comme François d’Assise à son époque, elle cultive cette paix dans l’épreuve, son écologie dans ses jardins symboles du paradis, sa sobriété heureuse dans le partage, son dialogue dans une fraternité désirée et son patrimoine dans toute sa splendeur. Serait-ce la force d’une spiritualité aussi bien ancrée depuis 1700 ans qui en est la racine ?


