Attention, phénomène! André Klopmann appartient à cette catégorie de personnages que l’on qualifie de diables d’hommes. Tour à tour journaliste, haut fonctionnaire, auteur de polars, collectionneur de prix littéraires dont le prestigieux Quai des Orfèvres, amuseur, dégustateur. Avec même un côté forain, à sa manière. Et surtout: Genevois! Tellement Genevois qu’il lui arrive d’atomiser son identité au gré d’helvétiques transhumances. En l’an 2000, un séjour tout sauf linguistique de plusieurs mois à Fribourg lui valut de découvrir les charmes de « la basse ». Engagé par « La Liberté » , le journaliste trouva un charmant pied-à-terre en vieille ville. Le jour de son départ, renonçant à l’ivresse des parties de cartes dans les combles d’une maison patricienne, il confia son crève-cœur au soussigné, collègue de fortune. Débutait alors pour lui une nouvelle carrière, dans l’administration publique genevoise.
La page est tournée. C’est de Porrentruy qu’André Klopmann interpelle désormais ses lecteurs. Dans son style fleuri et imagé, tranchant comme le scalpel d’un chirurgien des lieux et des âmes, il nous raconte son coup de foudre pour l’Ajoie où il s’est installé. Les charmes de cette région au riche passé, au confluent des cultures. Pétrie de légendes. On ne saura pas pourquoi l’auteur a quitté Genève. Mais on sait ce qu’il pense de Genève. Un grand amour déçu, là réside sans doute l’explication. Son livre pourrait s’intituler aussi « Je vous écris sur Genève de Porrentruy ». Celle qu’il surnomme la « Plus-Petite » (des grandes capitales) n’en finit pas de plonger dans son purgatoire, courant après un prestige qui la snobe désormais. Le livre a été écrit après l’épisode du Bürgenstock, très mal vécu au bord du lac, ce sommet mondial sur l’Ukraine qui échappe à la Plus-Petite à qui il était d’abord destiné. L’auteur qui mentionne cet « incident diplomatique » ne pensait pas si bien prophétiser. C’est la paix en Iran que récupère aujourd’hui la station de Suisse centrale. Au détriment de Genève.
Je vous écris de Porrentruy.
Ici les gens marchent sur les pieds, pas sur la tête.
J’ai choisi la route avec soin.
Christian Campiche


