Cachez ce séisme que je ne saurais voir!

PAR CHRISTIAN CAMPICHE

Avec la canicule, prenez garde au coup de chaleur. 

Ce titre qui barre la Une d’un quotidien romand est évidemment une vérité absolue. Elle vaut toutes les dérogations au droit à l’information. Même quand l’actualité est tragique. 

Un séisme majeur frappe le Venezuela mais les journaux préfèrent titrer avec des évidences ou des banalités. Ou bien du pain et des jeux. Le Mondial de football bat son plein, tu ne veux pas jouer au rabat-joie, quand même!

Le constat fut particulièrement affligeant au lendemain de la catastrophe. Bien sûr, les titres européens bouclaient leur édition en papier avant l’heure du souper. Retarder la parution comme on le faisait autrefois lors d’événements extraordinaires serait trop leur demander. A la Une d’un autre quotidien romand, une élégante Moscovite marche avec son téléphone portable à la main. Elle ne semble pas incommodée par l’épais nuage noir que dégage une raffinerie bombardée par un drone ukrainien. L’IA ne ferait pas mieux. Au moins la version numérique du même journal inclut-elle parmi ses amorces la catastrophe survenue dans les Caraïbes.

Il y a plus de 50 000 personnes dont on est sans nouvelles au Venezuela. Des hommes pleurent de  désarroi sur les décombres de leur maison, les photos d’enfants tournent en boucle sur des avis de disparition. Crans-Montana multiplié par 100 et infiniment plus. Mais on dirait que ce n’est pas la tragédie humaine qui intéresse le plus les médias. Non, ce qui les fascine, c’est le jeu des plaques tectoniques. Les caprices de la plaque terrestre. Intellectualiser le drame avec des experts domiciliés à des milliers de kilomètres du lieu de la catastrophe.

Bien sûr, à leur décharge, il faut préciser que l’aéroport international de Maiquetía a été détruit, se rendre sur place n’est pas un jeu d’enfant. En plus, l’accès aux réseaux sociaux est censuré au Venezuela. Le paradoxe est l’aide américaine. Elle afflue depuis les premières secousses. Le 3 janvier dernier,  qui aurait osé imaginer un tel scénario? Washington lançait un raid pour rapter le président Maduro et l’emprisonner aux Etats-Unis. En jeu: le retour des compagnies américaines au Venezuela, région disposant des plus grandes réserves de pétrole au monde.

Six mois plus tard, Donald Trump annonce vouloir soutenir dans son épreuve l’ « extraordinaire » peuple vénézuélien. La présidente Delcy Rodriguez a accepté. Elle n’a pas imité le Maroc qui avait refusé l’aide de la France après le tremblement de terre de 2023. Elle a peut-être moins à cacher? Ou alors elle a de l’empathie pour son peuple.

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