Il est étrange de constater à quel point l’Occident comprend mal la mentalité des ayatollahs et des islamistes en général. Donald Trump, souvent perçu comme narcissique par ses adversaires ou comme un stratège machiavélique par une minorité d’analystes, semble ne pas saisir que l’auto-célébration permanente — « je suis le plus beau, le plus fort, le plus intelligent » — est interprétée par le régime iranien comme de la faiblesse grotesque. Dans cette grille de lecture, la faiblesse appelle la domination et la lâcheté de l’Europe la désigne comme cible légitime de soumission.
La propagande iranienne, déployée depuis plus de quarante ans à l’échelle internationale, s’est infiltrée dans de nombreux espaces sociaux, en particulier les universités et certains milieux culturels. Elle façonne avec une efficacité redoutable une partie des représentations occidentales.
Alors que la plupart des habitants de Téhéran quittent la capitale, remplacés de gré ou de force par une populace venue des campagnes et des périphéries — appâtée par quelques tomans, un verre d’eau et des sandwichs —, le grand spectacle des funérailles d’Ali Khamenei et de ses adjoints se veut une démonstration de force et de légitimité adressée aux États-Unis (l’Europe n’existant plus, ni politiquement ni militairement). Ce que de nombreux commentateurs qualifient de simple message constitue en réalité un véritable programme.
De la même manière qu’il fallait prendre au sérieux les diatribes belliqueuses d’Hitler dans les années 1930, il faut croire au projet destructeur et génocidaire — le terme étant approprié dans ce cas — revendiqué par les Gardiens de la révolution.
Les fanfaronnades de Trump et le refus de l’Europe d’intervenir, ne serait-ce que symboliquement, n’ont fait que révéler leur décadence.
Dès lors qu’Ali Khamenei habite, depuis le 28 février 2026, l’une des régions les plus chaudes de l’enfer, ce rassemblement cherche à imposer le récit d’une « victoire du régime » par la glorification de la mort et des slogans de haine appelant à la vengeance ; ajoutons à cela que les signaux faibles envoyés par l’Occident au blocage du détroit d’Ormuz ne fait qu’augmenter l’ambition du régime: soumettre l’Occident par le biais d’une pression économique; l’état de conflit permanent étant une des conditions de sa survie.
Une paix qui bégaie… rien de pire !
La « paix des braves » était impossible avec Hitler ; elle l’est tout autant avec les successeurs de Khamenei. Élaborée à la hâte par des diplomates davantage rompus aux logiques de transaction qu’à la compréhension des idéologies totalitaires, une telle approche repose sur une illusion : croire qu’il est possible de normaliser un régime animé par un projet aussi radical que celui des nazis. Un tel régime ne peut cesser d’être une menace qu’en disparaissant.
Ainsi, derrière ces cérémonies se joue, avant tout, une bataille de récits. Les ayatollahs et les gardiens de la révolution, à travers la mise en scène de la guerre et l’usage intensif de la propagande, parviennent à imposer leur narratif, en renvoyant une image affaiblie d’une Amérique en plein paradoxe.
Gagner une guerre ne se résume pas à déployer une armada ni à proclamer la victoire sur «X». La force d’un récit n’est pas une finalité, mais une tactique, voire une stratégie, pour ridiculiser son adversaire. Dans la logique du Moyen-Orient, le ridicule tue !
Eran Shamgar, Lausanne


