La FIFA est mortelle mais l’amour du football est éternel

PAR CHRISTIAN CAMPICHE

Les Diables rouges belges ont écrasé les Etats-Unis, ridiculisant la démarche entreprise par Donald Trump, l’honneur est sauf. Reste que l’on ne saurait s’arrêter là face au plus grand scandale de l’histoire du football! La mort du sport roi? En revenant sur une décision arbitrale, en cédant aux injonctions de MM. Trump et Rubio, la FIFA n’a fait rien d’autre que de scier la branche déjà malade sur laquelle elle est assise. 

La politique qui s’immisce dans le sport, ce n’est pas nouveau. Mais à ce jour, il n’existait que des soupçons, la preuve n’avait pas été apportée noir sur blanc. C’est chose faite désormais depuis ce championnat du monde US made. Le président des Etats-Unis et son ministre des Affaires étrangères ne s’en cachent même pas: dans les médias américains, ils ont estimé injuste le carton rouge infligé au meilleur joueur de la sélection américaine. Donald Trump:

Je ne pense pas qu’il y avait faute.

Aux yeux de l’  « arbitre suprême », il convenait donc de lever la décision et permettre ainsi au meilleur buteur américain de participer au match contre la Belgique, décisif pour accéder aux quarts de finale. La FIFA ayant obtempéré, il faut la féliciter, jubile Donald Trump, incontestablement un expert en matière de football.

Les véritables amateurs de ballon rond ne peuvent au contraire que s’étrangler d’indignation et s’interroger sur l’avenir de l’instance suprême du football. Une fois le tournoi terminé, ses responsables seront appelés à rendre des comptes. Il faut surtout souhaiter que la presse internationale ne lâche pas le morceau et tape mille fois encore sur le clou. Demeurer muet face à cette intrusion politique hors de l’entendement relèverait de la plus sombre couardise. Nous ajourerions: une démission citoyenne. Une pendable abdication face à au totalitarisme. Aujourd’hui, l’avenir de la démocratie se joue aussi dans les stades.

Tout n’est pas perdu car si la FIFA mourra peut-être, le football, lui, survivra. Parce que le football, c’est autre chose. Un phénomène pouvant atteindre une dimension surnaturelle, pour ne pas dire poétique. Sinon comment expliquer la passion que lui vouent tant de personnes. Il n’y a pas de sport plus populaire, et pour cause. N’importe qui peut taquiner n’importe où une balle, une pive, un galet, une pelotte de laine. On peut éprouver autant de plaisir, sinon plus, à regarder des joueurs évoluer sur un terrain vague poussiéreux de banlieue qu’au Parc des Princes de Paris ou au Maracana de Rio. L’amour du football, s’il est authentique, ne dépend pas de la position d’une équipe dans la hiérarchie de la fédération nationale ou internationale. Ce n’est pas pour rien que la littérature s’est emparée de l’amour du football. L’écrivain suisse George Haldas fut l’un de ces exégètes. 

La magie du geste, la puissance, ou plutôt l’impuissance mystérieuse qui préside aux destinées d’un match, la houle sur les gradins, le peuple qui applaudit aux exploits font que le football peut survivre à tous les excès, la violence dans les stades, la démesure, les manipulations, les enjeux financiers démentiels, la corruption. Oui, la FIFA est mortelle mais l’amour du football est éternel.

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