Dossier FIFA/Coupe du monde (IV) – Granit Xhaka et le fléau des paris suspects, enquête sur un leader lavé de tout soupçon

PAR NADINE CRAUSAZ *

Granit Xhaka incarne l’autorité et la longévité. A 34 ans, capitaine emblématique de l’équipe de Suisse depuis fin 2019, il s’impose comme le joueur le plus capé de l’histoire de la Nati avec plus de 150 sélections au compteur (18 buts). Après avoir guidé l’entrejeu du Borussia Mönchengladbach, d’Arsenal puis du Bayer Leverkusen, il a créé la surprise en rejoignant Sunderland en 2025, club où il porte également le brassard. Il vient de confirmer qu’il restera fidèle à son club la saison prochaine. 

Mais au-delà de ses succès sportifs, la trajectoire du Bâlois reste marquée par une spectaculaire tempête médiatique et judiciaire outre-Manche, révélatrice de la surveillance extrême qui pèse désormais sur le football moderne. L’affaire éclate le 18 décembre 2021 lors d’une rencontre de Premier League opposant Arsenal à Leeds United. À la 86e minute, alors que le score est scellé (4-1), Xhaka écope d’un carton jaune pour gain de temps après une longue et inhabituelle hésitation avant de tirer un coup franc. 

Granit Xhaka (à droite) affrontera Lionel Messi en quart de finale de la Coupe du monde 2026. Blanchi de tout soupçon, le leader de l’équipe de Suisse jouera la tête haute. Montage photo facebook.

Alerte générale chez les bookmakers

Si l’attitude surprend les observateurs, ce sont surtout les mouvements financiers en coulisses qui déclenchent l’alerte générale chez les bookmakers. Dix minutes avant le coup de sifflet final, une mise disproportionnée de 60 000 francs suisses est subitement placée sur ce fait de jeu précis, générant un gain suspect de près de 280 000 francs suisses. 

Face à des présomptions de complot criminel organisé aux ramifications internationales, la Fédération anglaise de football (FA), la Gambling Commission et la National Crime Agency (NCA) – l’équivalent britannique du FBI – décident de mener des investigations d’envergure. 

Auditions, analyses technologiques poussées et traçages des flux bancaires durent de longs mois. Le verdict tombe finalement en 2023 : l’affaire est officiellement classée sans suite. Les autorités concluent à l’absence totale de preuves et à l’inexistence de liens entre le joueur et les parieurs. 

Totalement innocenté, le capitaine suisse aura traversé cette épreuve sans jamais être suspendu ni sanctionné

Cette enquête n’est pourtant pas un cas isolé, le milieu professionnel faisant face à une recrudescence du phénomène de «spot-fixing» (la manipulation ciblée d’un événement mineur durant un match, lire également notre article Dossier FIFA/Coupe du monde (III) – Tour de piste des matches truqués, une pourriture qui ronge le jeu en continu). D’autres grands noms de la discipline ont été pris dans les mailles de ces filets algorithmiques. Le milieu international brésilien de West Ham, Lucas Paquetá, a fait l’objet d’une procédure similaire de deux ans, menée par la FA pour quatre avertissements jugés suspects, avant d’être lui aussi mis hors de cause faute de preuves directes. 

À l’inverse, la politique de tolérance zéro des instances a lourdement frappé plusieurs stars coupables d’avoir enfreint l’interdiction stricte de parier. L’attaquant anglais Ivan Toney a ainsi purgé huit mois de suspension ferme en 2023 après avoir reconnu 232 infractions réglementaires. 

Quelques mois plus tard, la justice italienne a lourdement sanctionné le milieu de Newcastle Sandro Tonali (dix mois d’arrêt) ainsi que le jeune espoir de la Juventus Nicolò Fagioli (sept mois de suspension) pour leur implication dans des réseaux de paris illégaux. 

Si Granit Xhaka est sorti grandi et lavé de tout soupçon de ce feuilleton judiciaire, ces dossiers rappellent que les agences criminelles traquent désormais minutieusement le moindre geste des footballeurs professionnels.

Cette affaire montre surtout à quel point le football est devenu un terrain de chasse pour les réseaux de paris criminels. Le spot-fixing est beaucoup plus dangereux que le match-fixing traditionnel parce qu’il est plus discret et plus difficile à prouver. Un carton, un corner, une faute… ça se manipule plus facilement qu’un score final. Et avec les cryptos + les bookmakers offshore, c’est encore plus compliqué à tracer.

Prochain article: Les grands architectes du match-fixing international.

  • Journaliste RP, photoreporter, football, voyages, spiritualité

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