Durant mes treize ans chez impressum – Les journalistes suisses en tant que secrétaire centrale, j’ai dû malheureusement accompagner beaucoup de journalistes qui se faisaient licencier dans le cadre de restructurations. J’avais bien conscience que ce n’était pas seulement un emploi en moins, mais un choc dans une vie. Puis la perte d’une mémoire, d’un réseau de contacts, d’un savoir sur une commune, une région, un canton ou un domaine.
En plus d’une dizaine d’années, la profession a perdu plusieurs milliers de journalistes. Mais au-delà des chiffres, cela signifie moins de couverture locale, moins de suivi des communes, des parlements cantonaux, des tribunaux.
Quand une rédaction finit par fermer, ce n’est plus seulement un journaliste en moins, mais un regard sur une région, une mémoire locale, parfois une culture rédactionnelle toute entière qui s’efface. Avec la disparition de La Région, c’est une région qui n’est plus couverte, un monde dans et autour du journal qui s’effondre. Quand un journal disparaît, c’est souvent irréversible.
Perte de pluralisme
Les fusions de rédactions conduisent aussi à un appauvrissement de l’information. Moins de regards différents sur l’actualité. Il y a une perte de pluralisme : quand plusieurs journaux partagent le même contenu, la diversité diminue. Les réductions d’effectifs poussent les rédactions vers une production rapide de l’actualité au détriment des enquêtes longues.
Le coût des restructurations, ce n’est pas seulement des emplois supprimés mais aussi des conseils communaux moins suivis, des enquêtes qui ne seront jamais réalisées. Tout cela aboutit à des citoyens moins informés. C’est finalement notre démocratie qui s’en trouve amoindrie. Les citoyens ne sont plus capables de se forger librement leur opinion.
Coût démocratique
Une rédaction qui s’affaiblit ne perd pas seulement des emplois. Notre démocratie s’affaiblit avec elle.
Certes, il y a des considérations économiques. Mais les décisions de restructuration ont aussi un coût démocratique dont on parle trop peu. C’est pourquoi les propriétaires de médias, comme les responsables de service public, portent une responsabilité à l’égard de la collectivité. Ils doivent s’en souvenir quand ils prennent des décisions de restructuration dans un média qui entrainent des pertes d’emploi.
Dominique Diserens, Lausanne


