Même dans un métier qui est considéré comme simple en termes de gestion des affaires – on dit aujourd’hui ‘commodities business’ – , il est possible de perdre de l’argent. Les mauvaises langues trouveront cela incroyable dans une société coopérative entièrement autofinancée, en principe pas dédiée à prendre des risques. Louer des autos n’est certes pas le plus vieux métier du monde, mais il est peut-être le plus simple. Formellement, la coopérative mobility existe par la fusion de ses deux entités principales suisses depuis 1997. Eh bien, pour son 30e exercice, elle a réussi à annoncer une perte de 4,5 millions de francs. La proportion de la perte par rapport au chiffre d’affaires est d’un 16e, c’est-à-dire d’à peu près 6 %.
Dans son rapport de gestion pour l’année 2025, le groupe d’auto-partage tient à rassurer:
Malgré le résultat annuel négatif, la situation financière de Mobility est solide. La société coopérative dispose de liquidités suffisantes et présente un degré d’autofinancement élevé. Grâce à cette position de force, Mobility investira dans les années à venir plusieurs dizaines de millions de francs dans le développement de son offre. Rien qu’au cours des trois prochaines années, 1’000 voitures supplémentaires devraient être mises à la disposition de la clientèle.
La presse relaie comme si de rien n’était. Mais c’est passer sous silence un climat de morosité comptable assez impressionnant. Il apparait notamment que les charges fixes sont trop importantes, une faible croissance depuis 2023 du nombre des clients, une stagnation et un vieillissement du nombre de coopératrices et coopérateurs.
Modèle de sobriété sociale au départ
Les indicateurs économiques globaux sont plutôt sombres. Le marché de la coopérative est confus, alors que le groupe semble vouloir revenir à une stratégie de croissance, ce qui est plutôt étonnant pour une émanation d’un système imaginé par des écologistes et de doux rêveurs qui désiraient à la base plutôt réformer la société et prônaient un modèle d’éco-partage et de sobriété sociale.
La frénésie capitaliste qui envahit tous les esprits occidentaux a-t-elle aussi sévi dans les mentalités de la technostructure qui gère la coopérative mobility? Le barème des cadres est le modèle d’affaires des CFF, par exemple, avec ses salaires de haut niveau. Chez mobility, un peu moins … entre le tiers et la moitié des salaires des CFF … mais l’imitation a laissé des séquelles. Entre les exercices 2024 et 2025 il a donc fallu absorber les pertes.
Assemblée générale mouvementée
C’est justement ce qui a causé pas mal de discussions lors de la dernière assemblée générale. Le soussigné s’est opposé à la décharge aux comités et à la demande de mesures plus sévères que simplement des corrections par injection de capital ou ambition de reprise de croissance. L’assemblée aurait dû réunir 150 délégués, elle n’en a attiré que 118. Une centaine a voté la décharge au conseil d’administration, contre 18 opposants et abstentionnistes.
Deux visions s’opposent sur comment faire face à un modèle d’affaires qui périclite. Elles s’articulent autour de l’ambition de se doter de véhicules de luxe et les salaires des responsables. La coopérative regardera-t-elle ses problèmes en face?
Antoine Wasserfallen, délégué et président de la coopérative Mobility pour la section Valais romand, client depuis 1993, sociétaire depuis 1997, Dr sces tech EPFL (thèse en financement des infrastructures) et professeur à EU Business School Genève, Vollèges.



