Des méga incendies, certains considérés comme « incontrôlables » ont défiguré d’immenses étendues de forêt. De « brulantes » polémiques ont éclaté. L’Etat a-t-il été imprévoyant ? Pourquoi les agriculteurs désireux d’aider les pompiers ont-ils été tancés par les autorités préfectorales concernées ? Et pourquoi (lire l’article suivant) certains feux coïncident-ils avec des zones où sont prévus d’importants sites industriels ?
PAR YANN LE HOUELLEUR *, à Paris
Un gâchis effroyable qui s’apparente à une catastrophe. Depuis le début de l’année, la France a perdu quelque 120.000 hectares de surface boisée. C’est l’équivalent de la superficie de la ville de Paris multipliée par dix. Et l’année 2026 est loin d’avoir pris fin. Jamais, auparavant, la France n’avait souffert de feux de forêt d’une telle ampleur. Une large proportion de ces « mutilations » s’est produite en juin et en juillet dans plusieurs des départements le long de la Méditerranée ainsi que sur la façade maritime à l’Ouest de l’Hexagone. Mais pour la première fois, la région Ile-de-France a connu de telles scènes de désolation : des langues de feu décidées à assouvir la faim d’un monstre dont la sècheresse d’un été caniculaire exacerbe la cruauté. Dix-pour cent de la forêt de Fontainebleau est parti en fumée.
« Je ne peux m’empêcher de retenir une larme »
Pour avoir une idée du traumatisme qu’ont engendré ces feux XXL dans les régions concernées, et tout autant dans l’ensemble de l’Hexagone, reportons-nous au témoignage d’un maire recueilli par une journaliste de CNews.
Xavier Daney est le premier magistrat de la ville d’Arès, dans les environs de Bordeaux :
C’est un drame que de voir la forêt toute noire. Ici on ne voit plus que de rares taches vertes et quand j’observe ce désastre je ne peux m’empêcher de retenir une larme.
Un drame écologique, animal (des centaines de milliers de bêtes, petites et grandes, annihilées par les flammes) et humain : 250.000 habitants ont été exfiltrés de zones forestières dévorées ou menacées par l’hydre incandescente ; et plusieurs de ces « réfugiés climatiques » ont perdu leur maison réduite en cendres. Enfin, une huitaine de pompiers ont perdu la vie sur le champ de bataille. (Beaucoup de gens, sur place, ont parlé de scène de guerre :
Je n’ai pas connu Verdun, et ça devrait y ressembler,
a confié le maire du Porge à Paris Match.
Manque gouvernemental d’anticipation ou carrément incompétence?
A longueur de journée, pendant la dernière semaine de juillet, sur les plateaux des chaînes d’info en continu, des experts, des spécialistes du climat et des pompiers se sont succédé pour relever cette brutale « nouveauté » : les incendies de forêts, dorénavant, se déclarent un peu partout, dans l’ensemble du territoire.
A qui la faute ? Le grand coupable : le réchauffement climatique dont le Giec (Groupement intergouvernemental sur l’évolution du climat) n’avait pas prévu un aussi rapide emballement. Mais également, un gouvernement qui n’a pas su ou pas voulu, en matière environnementale comme à tant d’autres égards, prendre les devants.
Et tout à coup, alors que des milliers de pompiers luttaient avec bravoure, un débat s’est embrasé ; les esprits les mieux intentionnés se sont enflammés : pourquoi la France, un pays encore désigné comme « la septième puissance mondiale », n’a-t-il pas été en capacité de renouveler à temps sa flotte de Canadair vieillissante ? C’est un député LFI qui a jeté une bombe dans le paysage pré électoral (en avril et mai prochains aura lieu l’élection présidentielle : outre le renouvellement avant le terme de sa mandature des douze Canadair aux couleurs de la Frances, Emmanuel Macron avait annoncé la commande de quatre appareils supplémentaires, également à l’horizon 2027.

Sur ces seize appareils, seuls quatre sont en cours de livraison, dont deux dans le cadre du programme européen,
a cru opportun de relever France Info sur son site en ligne. En réalité, il semble que seule la commande de deux Canadair ait été réellement maintenue. Raison invoquée : des coupes sombres dans les dépenses de l’Etat tout comme, semble-t-il, une réorganisation à l’échelle européenne quant à la lutte intergouvernementale contre les incendies.
Des agriculteurs et des bénévoles
C’est alors qu’une autre polémique a éclaté. Un peu moins de trois mille pompiers ont été mobilisés au plus fort des feux de forêt en Gironde, l’un des départements les plus sévèrement dévastés par les flammes. Samedi (30 juillet), une semaine après avoir débuté, ils ont été fixés. Il a fallu faire appel à 1500 militaires, et pour suppléer l’insuffisance des moyens matériels et humains, la France a pu compter sur le coup de pouce de plusieurs pays européens qui ont mis à sa disposition des avions et/ou des détachements de pompiers, entre autres la Suisse.
Et puis, des ingénieurs français ont trouvé le moyen de convertir plusieurs avions civils, des Dash (en fait, des Bombardier Q400), en « petits cousins » des Canadair. Alors que ceux-ci peuvent embarquer jusqu’à 6.130 litres d’eau, les Dash ont une capacité, supérieure, de 10.000 litres.
Or, cette montée en force du dispositif aérien de lutte contre les incendies n’aurait pas été aussi efficace sans l’intervention de milliers de bénévoles en provenance de toutes les régions de France qui, spontanément, ont prêté main forte aux pompiers.
« Cette crise fait ressortir une solidarité extraordinaire »
La plupart des médias ont relaté d’émouvantes démonstrations de générosité et d’entraide qui, de manière plutôt providentielle, ont fait voler en éclats la réputation d’individualisme caractérisant, si souvent, le peuple de France.
Dans un reportage intitulé « Tous solidaires », Paris-Match a cité les propos tenus par le maire de Lège-Cap-Ferret, une station balnéaire légendaire accueillant une myriade de touristes séduits par les plages de sable blond du bassin d’Arcachon. Philippe de Gonneville s’est ainsi réjoui de ce que « cette crise fasse ressortir une solidarité extraordinaire envers les pompiers et les forces de l’ordre. » A l’instar de tant de confrères, Match cite des exemples réconfortants de chaleur humaine (c’est le cas de le dire) sous la menace des flammes. Des restaurateurs ont offert des pizzas aux familles qui avaient dû évacuer brusquement leur maison. Des hôtels ont hébergé gratuitement des « réfugiés climatiques ». Des particuliers ont fait de même.
Parmi les bénévoles qui ont eux droit aux louange de la presse : des agriculteurs ont épaulé les pompiers, déversant des seaux d’eau sur des foyers d’incendie, et ont débroussaillé des chemins, des routes afin d’éviter que le feu se propage davantage.
Mais ces actes héroïques commis par des agriculteurs ont déplu aux autorités préfectorales. Résolument opposée au « pouvoir macronien », la chaine d’info CNews s’est souvenue que lors de manifestations (au début de l’année) organisées par des agriculteurs, des unités de gendarmes avaient tenté de réprimer âprement ces protestations. La préfète de la Gironde et de la région la Nouvelle Aquitaine, l’ex-journaliste Sophie Brocas, a même déclaré aux journalistes qu’elle ne souhaitait pas la présence, sur le théâtre des incendies, d’agriculteurs risquant de compliquer la tache des pompiers. Il est probable que cette dame relayait les consignes de son supérieur hiérarchique. Autrement dit, Emmanuel Macron.
* Journaliste et dessinateur de rue, fondateur du journal numérique Franc Parler, édité à Paris.

Enormes projets industriels dans des zones fortement touchées
Autre polémique… Pourquoi autant d’incendies (90 % environ) ont-ils été provoqués volontairement ou par prétendue étourderie voire manque de civisme (mégots jetés dans la nature) ?
Depuis quelques jours « pullulent » sur les réseaux sociaux des vidéos, des commentaires laissant à entendre que plusieurs de ces feux de forêts coïncident, en particulier, avec des projets industriels. Bien sûr, ces dénonciations sont déjà considérées par le pouvoir comme « complotistes ». Nous y reviendrons bientôt dans les pages d’infoméduse.
Grosso modo, ces projets se situent dans la région Nouvelle Aquitaine dont le centre de gravitation est Bordeaux et le Médoc. Dans les Landes sont amenés à voir le jour un immense site de production d’énergie photovoltaïque ainsi qu’un « data center ».
Pour ce qui est de ce dernier, contentons-nous de mentionner sous forme d’extrait un commentaire découvert sur un site en ligne :
Le plus grand Data center de France en Gironde ? La course aux data centers. L’ IA s’accélère en France, et la Gironde vient de se placer en première ligne. À Gauriaguet, sur la zone d’activité de la Marquette (…) à une trentaine de kilomètres de Bordeaux, le promoteur Altarea et l’opérateur Américain Vantage Data Centers portent ensemble un projet de campus numérique d’envergure nationale. Concrètement, c’est une infrastructure dimensionnée pour les charges de calcul intensives liées à l’IA et au cloud, avec une puissance raccordée de 400 MW déjà sécurisée.
Or, les data centers, qui ont besoin d’être refroidis, sont très gloutons en matière d’eau. Ce projet compromettrait gravement les rivières et les nappes phréatiques, à l’heure où, autre coïncidence, le gouvernement soutient la mise en œuvre de lois rendant plus difficile l’accès des agriculteurs aux cours d’eau. YLH





