PAR ALYZÉE DUBOIS
Nous sommes de jeunes broutards partis de France, d’Allemagne, de Pologne ou d’Irlande pour aller paître ailleurs, histoire de se refaire une santé. A vrai dire, du lard. Nous avons été embarqués sur des camions en direction des Pays-Bas, de l’Italie ou de l’Espagne. A peine sevrés, nous avons dû quitter la ferme où nous avons vu le jour, nos mères et toute notre famille.
Alors que nous rêvions de pâturages verdoyants, durant le long voyage de plus de 1000 kilomètres, nous chantions à notre manière Les jolies Colonies de vacances de Pierre Perret. Quelle désillusion à notre arrivée ! D’immenses hangars nous attendaient dans lesquels nous étions serrés les uns contre les autres, attachés comme les esclaves jadis, afin que nous ne puissions pas effectuer le moindre mouvement au risque de perdre quelques précieux grammes. Ces bâtisses portent un nom, ce sont des fermes d’engraissement. Durant 10 interminables mois, nous n’avons jamais pu brouter l’herbe verte et grasse de la Vallée du Po, ni en Catalogne et encore moins en Flandre. Nous n’avons jamais senti les doux rayons du soleil sur notre peau devenue molle, grasse à souhait.
Après notre cure d’engraissement intensif, nous sommes entassés sur de vieux cargos-poubelles. Certains d’entre nous partent du port de Carthagène ou de Terragone, dernière destination l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Si vous saviez comme nous sommes malades à bord de ces vieux rafiots ! Beaucoup de mes frères de lait meurent durant le voyage. Et tout ça, pour être revendus et menés à l’abattoir, puis transformés en tournedos Rossini. Pas la force, ni l’envie de chanter O sole mio en arrivant dans votre assiette.
Voilà près de 40 ans que l’on nous fait voyager, personne n’en parle ! Pas un mot dans la presse sur le calvaire que nous subissons. Par contre, on a pitié des oies. Chaque année, les amis des animaux hurlent en période de fêtes de fin d’année. On crie au scandale, gaver les oies pour s’empiffrer de foie gras à Noël et Jour de l’an. Pourquoi les veaux n’ont-ils pas droit à la même indignation ? Qui a décrété qu’une oie était plus belle qu’un veau ? Parce qu’elle a des plumes ? Parce qu’elle est blanche ? Alors, ne vous étonnez pas si nous sommes fragiles, si nous contractons toutes sortes de maladies, telles que la dermatite nodulaire contagieuse. La promiscuité, c’est pas bon pour la santé des veaux et de ceux qui les mangent.
Pourtant, il y a des lois qui veillent au bien-être concernant l’élevage des animaux, ou la détention d’animaux de compagnie. Pour n’en citer que quelques-uns, vous remarquerez que ceux-ci sont beaucoup mieux lotis que nous. La législation européenne préconise que pour la détention d’un chien, le propriétaire doit prévoir un espace de 5 mètres carrés sur 2 mètres de haut. Pour un chat, il faut prévoir 2 mètres carrés et une hauteur de 1,80 m. Pour un lapin, on exige un clapier de 3 mètres carrés. Enfin, pour un cheval, il lui faut un espace de 100 mètres carrés. Et pour nous, les veaux ? Qui pense à notre bien-être ? A ce jour… personne !
(Ecrit le 3 janvier 2026. Garanti sans apport de l’IA)


