Tribune libre – La peur des opposants à l’initiative sur la neutralité

Entre partisans et opposants à l’initiative sur la neutralité est venue s’interposer la guerre en Ukraine qui a forcément vu s’opposer les deux clans, or cela fausse le vrai débat, bien qu’un débat sur le risque de guerre reste nécessaire.

La vraie et seule question qui aurait dû être posée concerne les conséquences à la fois d’une collaboration puis d’une adhésion à l’OTAN. Les opposants à l’initiative répètent que l’OTAN n’est qu’une organisation de défense or les actions menées par l’OTAN autant en Serbie, en Afghanistan et en Libye sont des actions purement offensives auxquelles n’importe quel membre de l’OTAN est tenu de participer. Le documentaire sur la chute de Kaboul sur Arte est particulièrement explicite à ce sujet.

Pas besoin de l’OTAN

C’est la peur qui pousse les Suisses à refuser l’initiative, peur de ne pas être protégés par le bouclier de l’OTAN mais cela sans se poser la question de connaître réellement le danger. Il est d’abord nécessaire, sans aucun parti pris, de se demander quels seraient les motifs de la Russie de lancer une attaque contre l’Europe alors que d’une part l’Europe n’a rien à offrir et que d’autre part la Russie sait parfaitement qu’elle en subirait elle-même de graves conséquences. Il faut en plus rappeler qu’au cours de ces dernières années nous avions d’excellentes relations amicales et commerciales avec la Russie. Si aujourd’hui on dénonce les ingérences russes à l’encontre de l’Europe il faut aussi essayer de comprendre que lorsqu’on décrète des sanctions on doit s’attendre à quelques réactions revanchardes. Évidemment auparavant on a lancé des sanctions contre des pays ayant peu ou pas de moyens de réagir. Mais là non seulement on décrète des sanctions mais en plus à l’encontre d’un pays dont dépend notre économie et dans une large mesure, cela reste totalement incompréhensible.

Tous les pays possédant ou abritant des armes nucléaires savent parfaitement qu’aujourd’hui cette arme ne peut qu’être dissuasive et donc inutilisable réellement, faute de quoi on en vient à une situation que l’on ne peut plus maîtriser, en gros ce serait la fin.

Nous avons donc meilleur temps en Suisse, de renoncer à un tel scénario, d’autant plus que le fait même de ne pas posséder l’arme nucléaire peut aussi être un argument de défense ou du moins de protection. L’ennemi irait surtout attaquer des sites de lancements de missiles nucléaires. La Suisse avec son relief et ses milliers de bunkers reste tout à fait défendable dans une guerre telle que celle entre la Russie et l’Ukraine, pas besoin de l’OTAN.

Nous n’avons plus de diplomates

La vraie arme la plus efficace reste la diplomatie, or le constat est là, nous n’avons plus de diplomates et l’on se demande bien comment cela se fait-il. Il y aurait donc lieu de revoir cette formation dans nos universités en mettant en avant le fait que neutralité et diplomatie font bon ménage.

Il y a encore une chose à dire pour ce qui concerne la relation Suisse-OTAN, à savoir qu’une fois de plus on va accuser la Suisse de vouloir le beurre et l’argent du beurre, donc d’avoir la protection de l’OTAN sans obligation de participer à l’une ou l’autre de ses actions dans le monde. Et d’ailleurs en écrivant ce texte la Suède, nouveau membre de l’OTAN, accuse la Suisse de profiter de l’OTAN.

Une guerre, mais laquelle?

Une guerre mais laquelle ? Autant les États-Unis que la Russie se sont livrés depuis des années à une course aux armements les amenant à dépenser des sommes folles alors que leurs infrastructures demandaient des investissements. Aujourd’hui les infrastructures américaines sont dans un état déplorable alors que l’État continue à investir massivement dans l’armement. Et c’est ce qui va arriver à la Suisse si l’on analyse la politique actuelle, ceci avec des achats sans aucune réflexion quant à l’efficacité et l’utilité. A ce sujet la position d’une certaine gauche à l’initiative est incompréhensible.

Il faut ajouter ceci, l’initiative aura le mérite de nous montrer dans quelle spirale de dépenses nous entraîne le rapprochement à l’OTAN. Et là il y a lieu de montrer une bonne fois quelle a été la politique de l’OTAN menée par les États-Unis. Cette politique a été la course aux armements que se livrèrent puis que se livrent encore l’OTAN et la Russie. Au lieu d’exceller en diplomatie ces deux grandes puissances militaires se sont acharnées à produire une quantité démentielle inutile d’armes et ceci au dépend de leurs propres infrastructures, appauvrissant leurs propres peuples. Mais Trump et ses précédents continuent à montrer au monde qu’ils sont les plus forts, ceci à coups de bombardements de villes. Mais pour cacher la faillite de leur politique interne, Trump ne trouve rien de mieux que d’en accuser le reste du monde et ceci en imposant des taxes.

Un oui à l’initiative donnera un signal positif à la diplomatie suisse ainsi qu’à la communauté internationale, au contraire un refus sera perçu comme un abandon de la neutralité et ce serait catastrophique.

Christian Favre, Yvorne

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