Info, influ, intox, qui tient la barrière de la vérité?

PAR JEAN MUSY *

Ils sont influenceurs. Leur pouvoir est exorbitant, parfois à la mesure de leur compte en banque. Ils sont prêts à tout pour vendre du rêve, de l’intox et de la sensation. Au mépris des règles de la déontologie de l’information. Certains se piquent de marcher sur les plates-bandes du journalisme au nom d’une modernité ou de nouveaux langages qui ne tirent bien souvent leur légitimité que de l’audience. Ils inquiètent les rédactions, pas toujours les responsables de médias, qui se verraient bien partager leur notoriété et l’accès à leurs publics. Alors fils de pub ou créateurs de contenu ? 

« Un peu des deux », selon Olivier Picard coordinateur des Dossiers du Canard enchaîné d’avril dernier intitulé Trafics d’Influences, « Le Canard » décrypte le pouvoir exorbitant des influenceurs, celui de faire vendre tout et n’importe quoi. Nous l’avons rencontré aux Assises presse et démocratie 2026, organisées par le Club Suisse de la Presse (CSP) à Genève, le 28 août dernier, qui s’interrogeaient : « Les créatrices et créateurs de contenu, ennemis des journalistes ? » 

Séparer le grain de l’ivraie 

« En fait, la difficulté c’est de ne pas noyer le bébé avec l’eau du bain », poursuit Picard. « Le phénomène est intéressant dans la mesure où les créateurs de contenus donnent un nouvel accès à l’information. En même temps, ils se confondent par leur méthode et la façon dont ils se positionnent sur les réseaux, comme des influenceurs qui, eux, sont là d’abord pour vendre, que ce soit de la nourriture intellectuelle ou commerciale à leur communauté. La difficulté, c’est de décrypter cet univers et d’essayer de séparer le grain de l’ivraie ».

Y a-t-il une ligne rouge ? « Nous, journalistes, nous avons une vocation universelle et même la presse d’opinion a une vocation à informer selon des règles déontologiques très précises, alors que les influenceurs qui travaillent dans le domaine de l’information le font pour être agréables aux oreilles de leur communauté. Et donc, un peu comme avec les algorithmes, ils sont enfermés dans un univers informationnel dont ils ne sortent pas et qui est antinomique avec le développement de leur esprit critique ». 

Faut-il réguler les réseaux et ses nouvelles professions ? « Les réseaux sociaux ont apporté une très grande facilité d’accès à l’information, qu’elle soit bonne ou mauvaise. En ce sens, il est très difficile de réguler, car la dimension de l’offre est tout d’un coup considérable. Sur les réseaux, on peut trouver le meilleur comme le pire. Nous devons faire en sorte que ce soit le meilleur qui triomphe. Que les gens soient de plus en plus informés et qu’il soit de plus en plus facile de s’informer, qu’il y ait des nouveaux canaux d’information, c’est en soi positif. Ce qui est négatif, c’est l’usage qu’on en fait ». 

La jeunesse critique les réseaux sociaux 

Un sondage présenté aux Assises par MIS Trend SA pour le CSP et le Blick, révélait comme l’écrit ce dernier que les jeunes Helvètes « s’informent sur les réseaux sociaux … mais leur font très peu confiance ». Une tendance qui se révèle aussi en France, avec quelques nuances, constate le journaliste français. « La contradiction est intéressante », relève-t-il : « C’est réconfortant, parce que ça indique tout de même qu’on peut avoir quelquefois une vision des jeunes assez primaire où ils seraient forcément manipulables, où ils digéreraient forcément sans réflexion l’information délivrée sur les réseaux et on s’aperçoit qu’ils ont eux-mêmes une volonté critique sur eux ». 

Le Canard enchaîné a mis désormais sa plume dans l’appli en passant récemment à l’édition numérique parallèlement à l’édition papier et sur les réseaux sociaux. Une « révolution » pour ce journal de cent dix ans en juillet dernier, paraissant sans publicité, qui se fait aussi par le dessin de presse, « sans oublier le rire », s’esclaffe Olivier Picard.

* Rédacteur en chef de Radio Zones 93,8 FM

Le Canard enchaîné a consacré un dossier spécial aux influenceurs.

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