PAR CHRISTIAN CAMPICHE
Peut-on tracer un parallèle entre la banque UBS et la neutralité suisse? En dehors d’une remarque à deux balles telle que tout f… le camp, la réponse est: oui, quelque part!
UBS ne parvient pas à convaincre le monde politique de la légitimité de maintenir ses fonds propres à portée de bourse. Vexée, elle fait mine de vouloir quitter la Suisse. Une grande banque américaine convoiterait sa dot, selon la presse économique des derniers jours. Le risque d’un départ d’UBS est réel mais il convient de le redimensionner. Sans l’aide publique, cet établissement ne serait déjà plus de ce monde depuis longtemps.
Les « fonds propres » de la neutralité, eux, ne seront pas un article figé dans la loi suprême. Les Suisses n’en veulent pas, à une grande majorité. Ils savent aussi pourquoi. Pas sûr en revanche que leurs motivations correspondent aux analyses des commentateurs étrangers dont l’interprétation rejoint la crainte que nous avions manifestée il y a quelque temps dans ces mêmes colonnes. En substance: la neutralité suisse appartient au passé. De fait, pour le quotidien romain « La Repubblica », le non du 27 septembre « confirme le rapprochement » de l’Europe.
A ce stade mieux vaudrait se projeter de manière audacieuse vers l’avenir que nous promet une neutralité réduite à une bouillie de casemate. L’UE aimerait croquer la Suisse à sa sauce? Il faudrait comprendre une fois pour toutes qu’elle n’est rien d’autre qu’une création américaine qui ne parvient toujours pas à réaliser ce que la Suisse a obtenu au cours des siècles: l’union de ses parties. Tant qu’à faire, la Suisse ferait mieux de devenir immédiatement un Etat américain. Un partie du monde dont elle acquiert déjà le matériel militaire de pointe, à commencer par les avions de combat, à qui elle cède ses banques et dont elle consomme le bœuf aux hormones. Que vouloir de plus?
Provocation pour provocation, demandons-nous si le canton de Vaud n’aurait pas intérêt, quant à lui, à faire bande à part en réclamant sa totale indépendance. En créant sa propre banque nationale. Traduire dans les faits sa vocation de « Pays », relayée en boucle dans les films de promotion. « Y en a point comme nous », chantait Gilles. Aujourd’hui, les Vaudois ont accepté l’initiative dite des 12 %. Malgré l’opposition de la gauche. Ce front du refus méritait-il le qualificatif d’« ardent », octroyé par le service public? Relativisons: à gauche aussi, des voix s’élevaient en faveur d’une baisse des impôts, il faut le dire. Sinon le résultat n’aurait pas été le même.
Aux élus de jouer maintenant. Et pas forcément au détriment des moins fortunés. Quand on veut, on peut.



Je recommande la lecture d’un entretien publié par Le Monde il y deux jours avec Sacha Zala, historien, intitulé : « La neutralité suisse est devenue une construction identitaire, presque religieuse ».
Je retiens notamment cette réflexion de bon sens en guise de conclusion :
« On n’échappe pas à la géographie. Située au cœur de l’Europe, la Suisse ne peut pas faire autrement que de coopérer avec ses voisins et alliés occidentaux. »