Que dire, sinon que le Mondialisme a triomphé de ces Suisses qui furent jadis si fiers de leur nation à part des autres, rassemblée autour de ce qui faisait sa force : quatre cultures différentes qui se complétaient et s’accordaient par-delà les piques tantôt cruelles tantôt amusantes des uns à l’encontre des autres ; une éducation fondée sur de solides connaissances, notamment celle de l’histoire du pays, et encourageant l’esprit critique, mais également fondée sur la gymnastique et le sport qui faisaient des corps robustes et des esprits fermes.
Les errances du monde, particulièrement du reste de l’Europe, ne nous concernaient que dans la mesure où nous nous y adaptions de manière à ne pas en trop subir les conséquences. Les engagements militaires de la France, de l’Allemagne, de l’Italie et des autres nations, nous nous arrangions pour qu’elles n’aient pas trop de retombées chez nous. Quant à l’aventure européenne frelatée lancée par Jean Monnet, l’homme des Américains, elle ne nous intéressait pas. Peut-être parce que les plus sages d’entre nos hommes de pouvoir pressentaient qu’elle mènerait notre civilisation, et notre pays avec elle, à la ruine, c’est-à-dire à la dépendance supranationale puis à l’esclavage politique, économique et culturel sous une férule étrangère, en attendant la disparition pure et simple.
Cette Suisse-là n’existera bientôt plus car elle est en train de se suicider.
L’imitation des pires tares apportées par le Mondialisme
Elle n’a pas encore entièrement disparu, certes, mais quand je regarde autour de moi, je ne reconnais plus ni les habitants de ma ville, ni les principes que nous apprenaient à l’école primaire des instituteurs pénétrés de la grandeur de leur mission, beaucoup étant officiers dans l’armée, ni les préceptes empreints de toute la sagesse européenne depuis l’antiquité, préceptes qui découlaient de nos cours de collège puis d’université.
C’est l’imitation des pires tares apportées par le Mondialisme qui désormais nous accable, couplée au lent changement de population qui, intégrée ou non, dénature notre identité. Nos autorités, nos élites économiques et intellectuelles cosmopolites vivent entre Zurich ou Genève et New York ou Dubaï, sinon toujours physiquement, du moins mentalement: minables marionnettes rayonnant d’orgueil parce qu’elles pensent et agissent comme en Amérique, terre, sur bien des points, de perdition de l’âme humaine. A leur image, de plus en plus nombreux sont les citoyens ordinaires qui louent et avalent sans mâcher les élucubrations d’outre-Atlantique et rejettent nos pays de grande civilisation. Ainsi, victime exemplaire depuis des années : la grande Russie éternelle, accusée non seulement de tous les maux, mais victime d’une suite d’inversions accusatoires dont peu cherchent à comprendre l’origine, ce qui pourrait les engager à entreprendre une juste révision d’un jugement pour le moins hâtif issu d’une propagande biaisée.
Le monde semble pris de folie
Depuis le 11 septembre 2001, lorsqu’une partie de l’État profond américain fabriqua (avec l’aide du Mossad : il faut consulter les remarquables travaux de Laurent Guyénot à ce sujet) le prétexte qui lui permit de lancer des guerres de conquête dont elle n’est pas près d’être rassasiée, le monde semble pris de folie et les Européens, entre complicité et séduction, ont tout renié de ce qu’ils étaient.
Seule la sage Helvétie avait échappé. La voilà prise à son tour, en ce soir de défaite des authentiques patriotes. Nulle nostalgie de vieil homme, en ce qui me concerne, mais l’écœurement de constater qu’à 75 ans du 800e anniversaire de la fondation de la Confédération, c’est d’obsèques qu’il s’agira.
Car le sort en est jeté. La Suisse, en tant que nation libre et souveraine, est en train de mourir. Avant cinq ans, elle entrera en agonie, accablée sous les diktats de la Commission dite européenne. Unique consolation : à mon âge, je n’aurai pas le temps d’assister à son décès.
Michel Bugnon-Mordant, Fribourg


