Le Japon utilise deux kanjis (symbole d’écriture orientale) dans son nom Ni-hon ou Nip-pon. L’un désigne le soleil, l’autre la surgescence que l’on a dans le mot orient, du latin oriri qui traduit l’endroit où le soleil se lève. Historiquement, les Eglises étaient construites tournées vers l’Est ou Jérusalem ; l’Occident se tournait naturellement vers l’Orient. D’ailleurs, il est bien connu que les sagesses orientales ont été les premières à influencer le monde entier.
Arrivez au Japon, frayez-vous votre chemin dans les foules dont on se moque en Europe et vous ne sentirez que zénitude malgré la quantité de personnes. Or, ce pays n’a pas manqué de vouloir conquérir le monde mais s’est vite assagi après WW2 et mis sous la tutelle US. Il a eu son heure de gloire économique dans les années 80 mais, s’il a avalé des couleuvres depuis, les japonais ont toujours gardé ce sens inné de l’humilité, humus qui veut dire terre.
Consumérisme
Prenons les grands maîtres qui ont façonné l’amour humain et l’éthique de vie au cours des siècles, ils sont venus d’Orient pour la plupart, jusqu’à ce que l’on impose la transformation occidentale, sous forme impérialiste ou missionnaire. La médecine est un exemple flagrant où Hippocrate est seule référence avec ses méthodes curatives, alors que l’énergétique qui venait d’orient a été vilipendé de nombreux siècles, la prévention accusée de charlatanisme.
Tout au long du XVIIIe s., la révolution et les guerres napoléoniennes passées, on voit surgir un intérêt grandissant pour les transformations sociales mais on commence à délaisser toute religion, faute de maître en puissance. Les courants sont nombreux et dispersés, favorisant plutôt la philosophie et les sciences sociales. On est en pleine désorientation spirituelle alors que l’industrialisation se développe à toute vitesse et le consumérisme naît du désir généré.
Approche intuitive
Si le verbe orienter va faire son apparition fin XVIIe s. pour parler de disposition par rapport aux quatre points cardinaux, on a aussi alors son utilisation au sens ‘donner une direction’ ! L’homme a besoin de direction et, si la boussole est invention chinoise du XIe s., elle ne verra le jour en Occident qu’à fin XIIe ; cela veut-il dire que ce dernier n’en a pas tant besoin… alors que l’Orient connaît son importance. Cela se réfèrerait-il à la culture sous-jacente des deux ?
La tradition orientale valorise souvent l’approche globale ou intuitive, la recherche de la voie médiane, l’attention portée au présent (l’ici et maintenant) et l’harmonie plutôt que la volonté de domination, le tout favorisant des relations humaines stables. Par contre, l’Occident tend à privilégier la rationalité analytique, la séparation des savoirs (découpage de la pensée), la primauté de l’action, de l’individu, de la technique et une linéarité du temps et du progrès.
Si l’Occident valorise traditionnellement la raison, le libre-arbitre et la stabilité du sujet face aux emportements de la passion, l’Orient pousse la folie d’amour comme dépassement du moi au profit de l’unicité spirituelle. De plus, ce dernier est emblème de solidarité, service et respect à l’inverse des développements capitalistes de l’Ouest. Le Japon est exemple de cette retenue qui a voulu qu’il freine début des années 90 et ne reparte que maintenant !
Quête de sens
Le symbole de la Tokyo Tower, clairement copie de la Tour Eiffel quelques 70 ans plus tard, montre bien la base très étalée de la structure ancrée dans la terre et sa population, affinée dans sa connexion au ciel. Elle est marque de renaissance du pays, post WW2, mais Eiffel veut, lui, parler de la grandeur de la France, de son ingénierie et de sa fierté nationale lors de l’exposition universelle. Un élément de plus qui marque la désorientation de l’Occident !
La quête de sens est un phénomène qui a commencé à prendre de l’ampleur à l’ouest alors qu’il est partie intégrante de la vie à l’est de toute éternité. Les traditions spirituelles ont donc eu tendance à se propager d’est-en-est comme le bouddhisme qui aura son extension chan en Chine et zen au Japon. Pourquoi associe-t-on zen et sérénité ? Le stress de productivité, répandu d’ouest-en-ouest, a peut-être amplifié la désorientation occidentale : va-t-il freiner ?
* L’auteur est entrepreneur, expert en relation humaine à Bruxelles, Gruyères et Paris.



