Tribune libre – Nucléaire, retour sur une votation

Le risque de pénurie d’électricité annoncé est la démonstration de la quasi impossibilité des prévisions et cela nous ramène en 2017 lors de la votation sur l’abandon du nucléaire. Avant cette votation j’étais stupéfait de constater que les médias faisaient appels à toutes sortes de personnes à l’exception d’ingénieurs électriciens. J’avais de mon côté écrit un article dans un forum et alerté quelques amis sur le risque d’acceptation de cette votation.

Il serait d’ailleurs temps de parler des risques réels du nucléaire. En premier il est utile de rappeler que toute l’existence de l’univers, toute la vie est basée sur l’énergie nucléaire, plus précisément sur la fusion nucléaire. Pour l’instant l’homme maîtrise la fission, laquelle fait peur pour diverses raisons que l’on connaît : accidents et déchets. Il y a eu des accidents importants, cela on ne peut le contester. Seulement il faut aussi savoir ce que l’on veut car d’un côté on veut toujours plus d’électricité ceci en passant des moteurs thermiques aux électriques, en passant du chauffage à énergies fossiles aux pompes à chaleur, en augmentant les data center, bref en consommant toujours plus. Mais aussi en exigeant de se passer des énergies fossiles pour en venir au mixte éolien-solaire. Mais ce mixte ne suffit pas comme on peut le constater en Allemagne ou l’on est obligé d’en revenir au charbon pour assurer une puissance de base constante.

La Suisse devrait être autonome

Le problème de l’abandon du nucléaire c’est que cette attitude ne tient pas compte des dernières recherches et progrès dans ce domaine. Je ne parle pas de la fission qui reste un rêve fou de scientifiques comme j’ai pu le constater dans une vidéo montrant le réacteur de Wedenstein appelé Stellarator. Laissons donc de côté la fusion mais parlons d’autres technologies comme le thorium. J’ai aussi appris qu’au Canada on avait des centrales plus sûres. Bref la recherche progresse et donne de l’espoir. De l’espoir on en a besoin car on peut être antinucléaire et ne pas anticiper ce que représente réellement dans notre société un black-out prolongé. Personnellement j’ai de la peine à croire au danger réel des déchets radioactifs, est-ce que je me trompe ? En tout cas je n’ai jamais lu nul part qu’ils étaient la cause de milliers de morts ou de maladies. Cela ne veut pas dire que l’on n’a pas fait n’importe quoi à ce sujet comme de les jeter dans la mer. Des critiques sont effectivement utiles. La Finlande a construit un site profond de stockage sans problème.

Toujours concernant le nucléaire je ne comprends pas comment on arrive à estimer à 20, 30 ou 40 ans la construction de nouvelles centrales alors que tous les plans existent, c’est incompréhensible sauf s’il s’agit uniquement d’affaires d’oppositions et de combats…. Bien sûr on rappellera aussi le risque terroriste mais ce risque existe aussi dans d’autres domaines.

Une chose qui me paraît sûre c’est que la Suisse, avec son relief et son ensoleillement devrait être autonome en électricité, en importer autant est incompréhensible.

Miser sur l’hydraulique et non l’éolien

Si on laisse de côté le nucléaire on devrait pour le moins se focaliser sur les énergies les plus rentables et en Suisse il est évident que cela reste l’hydraulique et non l’éolien. Le solaire thermique devrait être beaucoup plus développé. Quant à l’hydraulique on devrait déjà anticiper la diminution ou la disparition des glaciers ceci en construisant tout de suite des retenues successives, mini-barrages ou cavernes, afin de stocker les masses d’eau suite à de fortes précipitations, avec l’avantage également de protéger les habitations en aval, jusqu’en plaine.

Pour se rendre compte de la différence de production entre hydraulique et éolien voici deux chiffres :

La centrale hydraulique sur le Rhône à Lavey produit 400 millions de kWh, la production éolienne en 2025 a produit 154 millions de kWh. Il y a 50 éoliennes actives en Suisse, il faudrait donc 400/154 x 50 = 130 éoliennes pour produire ce qu’une seule usine hydraulique de moyenne dimension peut produire de façon constante.

Cela démontre à l’évidence que la Suisse n’est pas rentable du point de vue éolien et rentable au point de vue hydraulique.

Sur cette question on a réussi à nous persuader qu’il fallait investir dans toutes les énergies renouvelables. Cette attitude a pourtant comme résultat un gaspillage de l’argent public en subventions.

Le facteur guerre

Le résultat de l’acceptation de l’abandon définitif du nucléaire en 2017 démontre en tout cas une chose, à savoir que malgré certains efforts, la majorité du peuple et même des journalistes ont beaucoup de peine à comprendre que nos sociétés deviennent de plus en plus dépendantes de la technologie. A titre d’exemple la difficulté à expliquer aux journalistes la différence entre énergie et puissance. Si à cette époque on avait interrogé des ingénieurs électriciens impliqués dans la gestion de l’électricité dans les grand réseaux il y a de fortes chances que le peuple aurait réfléchi à deux fois avant d’accepter l’initiative. Mais cela démontre en même temps que toute une catégorie professionnelle dont dépend le bon fonctionnement de la société, c’est-à-dire électriciens ingénieurs ou techniciens est rarement ou même pas du tout écoutée. Il serait aussi temps d’évaluer si l’on forme assez d’ingénieurs électriciens ou mécaniciens, ainsi que d’électriciens, électroniciens et mécaniciens.

Pour terminer juste encore cette remarque. Lorsque médias et autorités fédérales en 2017 nous incitaient à voter l’abandon du nucléaire, avaient-ils envisagé la situation actuelle avec la guerre en Ukraine et au Moyen-Orient aggravant considérablement la production électrique en Europe ?

Christian Favre, Ingénieur électricien ETS, Yvorne

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