Bois tropicaux: la Suisse échoue une nouvelle fois


La nouvelle date de mai dernier mais elle n’a jamais été diffusée dans la presse helvétique. Et pour cause. Pilier de l’Organisation internationale des bois tropicaux (OIBT), la Suisse a été littéralement giflée en mai dernier à Port Moresby, capitalie de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Pourtant favori, son candidat, Jürgen Blaser, n’a pas été élu à la tête de l’organisation appelée à jouer un rôle décisif dans la lutte contre les changements climatiques. Les délégués de 47 pays
et de l’Union européenne lui ont préféré le Camerounais Emmanuel Ze Meka.

Décision “politique”

C’est la deuxième fois en huit ans que pareille mésaventure arrive au candidat officiel de la Suisse, l’un des principaux bailleurs de fonds de l’OIBT (jusqu’à 2 millions de francs par année pour la mise en oeuvre de projets d’aménagement durable du bois tropical dans des pays partenaires de développement). En 1999, le Fribourgeois Claude Heimo s’inclinait devant le Brésilien Manuel Sobral. On se disait que la Suisse se rattraperait en 2007 avec Jürgen Blaser. Encore raté.

Pourtant Jürgen Blaser, un ancien cadre de la Banque mondiale, est considéré
comme l’un des plus grands spécialistes de la forêt tropicale. Un poumon dont la mission environnementale, dans la perspective de l’après-Kyoto (au-delà de 2012) prend une dimension qu’elle n’avait jamais connue à ce jour, alors que la déforestation se poursuit au rythme de 15 millions d’hectares par an. Il faut dire qu’environ 500 millions de personnes en Afrique, en Asie et en Amérique latine dépendent de l’exploitation des bois tropicaux, une industrie qui représente quelque 10 milliards de dollars par an.

L’échec de la candidature Blaser amène à se poser des questions sur l’efficacité du lobbying helvétique au sein des organisations internationales. En l’occurrence, deux ministères fédéraux se partagent la gestion du soutien officiel suisse à l’OIBT: les Affaires étrangères et l’Economie par le biais du seco (Secrétariat à l’Economie). Comment ont-ils fait leur boulot? Au seco, Hans-Peter Egler, chef du secteur de la coopération commerciale au développement, est mal placé pour le dire, ce qui ne l’empêche pas d’afficher la mine du bon perdant. Dans la
non élection de Jürgen Blaser, il ne voit rien d’autre qu’une décision d’ordre politique. «Il va de soi que nous avions un excellent candidat en la personne de M. Blaser. Mais il ne faut pas perdre de vue la réalité du terrain. Jusqu’à maintenant, la place de directeur n’est jamais revenue à un ressortissant d’un pays importateur de bois tropicaux. Venant d’un pays producteur, M. Meka dispose d’une certaine crédibilité. De toute façon, si l’OIBT va continuer à nous proposer de bons projets, nous allons aussi continuer à les soutenir. ».

Soutien du Japon

Un argument qui fait réagir Claude Heimo, candidat malheureux à la direction de l’OIBT en 1999, un forestier suisse qui a roulé sa bosse – aussi pour le compte de la Banque mondiale – sur tous les continents. «L’OIBT est la seule institution qui gouverne les forêts. La Suisse étant son deuxième contributeur, elle a un rôle essentiel à jouer dans la lutte contre les dérèglements climatiques. Elle ne peut se contenter de discussions dans le vide. Elle doit tirer les conséquences de cet échec. Berne a-t-elle seulement une vision politique?»

Les regrets sont d’autant plus vifs que la Suisse ne partait pas perdante en Papouasie. Jürgen Blaser avait l’appui inconditionnel de pays influents comme les Etats-Unis et le Japon. Elle disposait aussi de la sympathie de plusieurs pays producteurs. Mais il lui manquait le soutien de l’Union européenne. Berne aurait-elle dû davantage taper sur le clou à Bruxelles? ChC

LE SECO ET LE CLIMAT

Dans le cadre de la coopération économique au développement, le seco déclare attacher “une grande importance” à l’assistance technique pour lutter contre le changement climatique. C’est ainsi que dès 1998, en collaboration avec l’OIBT, il a initié en Colombie un projet pilote d’exploitation durable des produits de la forêt tropicale. “Les expériences acquises ont servi de modèle pour d’autres projets de gestion intégrée de la forêt dans différents pays. Grâce à la coopération avec l’OIBT, la Suisse bénéficie d’un effet de levier permettant une mobilisation accrue de financement à travers la participation d’autres bailleurs de fonds. De plus, l’échange d’information entre pays membres est facilitée”, souligne Hans-Peter Egler au seco. Depuis 1997, le seco participe en outre, aux côtés de la Banque mondiale, à un programme destiné à l’établissement de politiques nationales, dans les pays du Sud, contre les changements climatiques. Ce programme comprend un financement total de 8 millions de dollars. La Suisse y a déjà contribué à hauteur de 4 millions de dollars. La coopération avec la Banque Mondiale se poursuit actuellement dans le cadre du programme CF-Assist (Carbon Finance Program), lancé coinjointement avec la Suisse en 2005. ChC

Article paru dans “La Liberté” du 13 août 2007

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