Sport et politique, quoi de neuf?


Depuis que la torche olympique a commencé son tour du monde, il ne se passe pas un jour sans couverture médiatique des tentatives d’activistes tibétains de l’éteindre.

La question du boycott des Jeux –ou, du moins, de la cérémonie d’ouverture– est sur toutes les lèvres. Le but: condamner ouvertement l’occupation chinoise du Tibet et le non-respect des droits de l’homme en Chine.

L’utilisation du sport à des fins politiques est loin d’être un fait nouveau.

PAR CHRISTIAN CAMPICHE

Vaincue lors des guerres mondiales, l’Allemagne est exclue des Jeux de 1920 et de 1924, puis de nouveau en 1948. En 1936, Hitler fait des Jeux de Berlin une grande messe à la gloire de son régime. En 1956, l’Espagne, les Pays-Bas et la Suisse ne participent pas aux Jeux de Melbourne pour protester contre l’invasion soviétique en Hongrie. Trente-deux pays africains décident de ne pas participer aux Jeux de Montréal de 1976 pour dénoncer l’apartheid en Afrique du Sud. Les Jeux de 1980 à Moscou et de 1984 à Los Angeles font aussi l’objet de boycotts dans le cadre de l’affrontement entre communisme et capitalisme. Si le contexte est aujourd’hui très différent, la volonté d’instrumentaliser les grandes manifestations sportives à des fins politiques est identique.

Dans un autre domaine que les Jeux Olympiques, et bien qu’on en parle peu, voire pas du tout, les Championnats d’Europe de football organisés prochainement en Suisse et en Autriche sont eux-aussi l’objet de nombreuses récupérations.
L’Office fédéral du sport du Département fédéral de la défense a par exemple profité de l’Euro pour commanditer une étude à un cabinet de consultants privé. Le rapport fait l’apologie des bienfaits économiques du secteur «sport» pour l’économie suisse. Les Championnats d’Europe, nous dit-on, vont générer une valeur ajoutée brute de 640 à 860 millions de francs. Ouf, nous qui croyions que, du point de vue des collectivités publiques, l’Euro était surtout un gouffre à fric…

En politique, à droite comme à gauche, on récupère aussi l’Euro en incitant les gens à vivre cet événement comme une grande fête populaire permettant de souder l’esprit patriotique à coups de drapeaux et de visages peints dans un grand carnaval à la gloire des nations. Si les résultats de l’équipe suisse sont plus prometteurs que lors des derniers matchs, il y a fort à parier que Pascal Couchepin et Micheline Calmy-Rey profiteront de cette aubaine pour redorer leur image, comme ils n’ont pas manqué de le faire lors des succès d’Alinghi à la Coupe de l’Amérique de voile.

Si les milieux sportifs, économiques et politiques se sont affairés pour récupérer à leur compte l’opération Euro 2008, les milieux culturels, à l’exception notable du Musée d’ethnographie de la Ville de Genève, ont raté l’occasion d’amener un peu d’eau à leur moulin. Comme le rappelait l’un des responsables du marketing de Manor lors d’un entretien, une fête comme l’Euro n’est pas faite pour réfléchir. A travers leur combat contre la flamme olympique, les manifestants pro-tibétains sont en train de prouver le contraire.

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