Le BIT est bourré d’amiante


Il y a les organisations qui ont le vent en poupe (l’OMS), celles qui sont paralysées par les divergences entre leurs membres (l’OMC), celles qui font les gros titres pour des règlements de comptes internes (l’OMPI), et celles…qui dorment dans leur coin, comme le Bureau international du travail (BIT).

A 67 ans, son directeur général, le Chilien Juan Somavia est candidat pour un troisième mandat de cinq ans. L’élection est prévue en novembre. A la conférence internationale du travail, réunie jusqu’au 13 juin, des voix se sont élevées pour demander (diplomatiquement) si du sang neuf ne ferait pas du bien à l’organisation établie à Genève depuis 1919, liée a une structure tripartite (gouvernements, employeurs, travailleurs) très lourde.

Les 2000 employés de l’organisation censée défendre les droits des travailleurs, à leur santé notamment, habitent un immeuble datant de 1973, bourré d’amiante. C’est un comble, alors que le BIT a mené de nombreuses campagnes mondiales contre cette substance très cancérigène. Il faudrait d’urgence (depuis plusieurs années) procéder à son déflocage et à sa rénovation interne. Les travaux ont été devisés à plus de 120 millions, mais le BIT ne peut prendre cet argent sur son budget régulier. En quête de donateurs, il cherche aussi à vendre des parcelles du parc qui l’entoure.

La Suisse refuse de payer la facture; elle estime que le propriétaire des bâtiments (le BIT) doit en assurer les rénovations. Argument juridiquement imparable, mais qui fait néanmoins grincer des dents: Micheline Calmy-Rey ne vient-elle pas de proposer aux Chambres un crédit à fonds perdus de 45 millions pour la première tranche de travaux à l’Organisation mondiale du commerce (OMC)? Y aurait-il deux poids deux mesures, selon le prestige de l’institution? Il est vrai que des pays, notamment asiatiques, ont fait les yeux doux à l’OMC pour l’attirer chez eux, alors que personne n’invite le BIT à déménager.

Le problème est que plus un bâtiment vieillit, plus les poussières d’amiante se propagent facilement. Interrogée, une porte-parole du BIT assure que des contrôles réguliers sont effectués. Il serait intéressant de connaître le taux de cancers parmi les employés du BIT d’ici quelques années. Juan Somavia ne serait-il d’ailleurs pas plus avisé de prendre une retraite méritée plutôt que de rester jusqu’à 73 ans aux commandes de ce paquebot où les fuites se multiplient?

*www.journaldegeneve.ch

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