Monsieur Merz, est-il vrai que l’or des Suisses se trouve à Fort Knox?


C’est le secret le mieux gardé au monde, pourtant on aimerait bien que s’ouvre la boîte de Pandore.
PAR CHRISTIAN CAMPICHE
Où se cache l’or des Suisses? A Fort Knox aux Etats-Unis, comme l’affirme la rumeur? La dernière fois que le sujet a été évoqué publiquement c’était en 2003.
Répondant au député Paul Günter qui lui posait cette question, Kaspar Villiger, le grand argentier de l’époque, s’était refusé à dévoiler au parlement où l’or suisse est entreposé. Il invoquait des «raisons de sécurité». A l’époque, l’armée américaine préparait l’intervention en Irak et M. Günter demandait au Conseil fédéral s’il le fait de savoir que l’or était entreposé dans un pays dont le chef d’Etat est un fanatique religieux ne l’inquiétait pas.
Cinq ans après, les troupes de Bush occupent toujours l’Irak mais l’actualité est désormais dominée par le krach financier qui ravage la planète. Il appartiendra aux historiens de l’économie de débroussailler ce qui peut l’être mais une chose paraît d’ores et déjà sûre: l’Administration américaine porte une lourde responsabilité dans la catastrophe actuelle.
En persistant à laisser les institutions à la merci des aventuriers de l’ultralibéralisme, elle a créé un climat favorable à d’incontrôlables dérives. Elle a entraîné dans sa folie meurtrière les dominos zélés dont font partie la Suisse et son symbole bancaire, l’UBS. D’où le lien avec l’or, voyons pourquoi.
Mercredi, en effet, le ministre du Trésor américain Paulson retournait sa veste en renonçant à son plan d’achat d’actifs invendables des banques. Il estime désormais plus simple et efficace d’investir directement dans le capital des banques. Pour un ex-entrepreneur qui a longtemps déclaré urbi et orbi qu’il ne voulait pas nationaliser les banques, le revirement est remarquable et doit sans doute provoquer quelque perplexité à Zurich où siègent les dirigeants de la BNS. Dans le sillage de Washington la Banque nationale suisse pourrait-elle à son tour changer de tactique?
Fin octobre, l’institut d’émission provoquait un séisme en annonçant l’injection de 54 milliards de dollars, des prêts destinés à garantir les actifs pourris hérités de la crise des «subprime», pour sauver l’UBS. Sur le papier, tout semble lisse. L’UBS lie ses engagements toxiques en une gerbe qu’elle enfouit, avec la bénédiction de la BNS, dans le sable des Caïmans en attendant des jours meilleurs.
Les fonds de la BNS, espèrent les artisans de ce laborieux montage, ne sont pas perdus puisqu’à terme, il sera possible de récupérer la mise, à tout le moins une partie, quand la conjoncture reviendra à de meilleurs sentiments. Mieux, ajoutent ces piliers intellectuels du système, l’argent n’est pas puisé directement dans les caisses de la BNS, il est prêté par la Réserve fédérale américaine, la Fed.
Si l’opération aux Caïmans a été critiquée par des politiciens, non sans raison, on a très peu relevé, en revanche, le rôle de caissier de la Fed dont le coup de main n’est peut-être pas si désintéressé. Et surtout pas si risqué, dans l’hypothèse où les réserves d’or de la Suisse seraient entreposées dans le Kentucky, un Etat qui n’est pas situé aux antipodes de Washington où la Fed a son siège. Quel meilleur gage de solvabilité offrir à une institution qui s’affirme plus que jamais comme le banquier du monde?
On nous promet, en décembre, un débat au parlement. Ce dernier aura à dire oui ou non aux milliards de la BNS, mais il s’agira d’un paquet dont les détails ne seraient pas négociables. A prendre ou à laisser. Et, dans cette seconde hypothèse, gare aux conséquences pour la place financière suisse, menace la BNS. On espère à tout le moins qu’avant de prendre leur décision, les députés s’enquériront de savoir s’ils ont toutes les cartes en main. Il serait très souhaitable qu’ils interpellent à nouveau le Conseil fédéral pour lui demander de s’exprimer sur un thème qui engage la fortune du pays. L’or des Suisses est-il à Fort Knox, Monsieur Merz?
La Liberté” du 14 novembre 2008

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