La banque américaine Merrill Lynch licencie en douce à Genève


La place bancaire genevoise n’a pas fini de souffrir de la crise.
PAR CHRISTIAN CAMPICHE
Les dernières victimes en date sont des employés de la prestigieuse banque Merrill Lynch qui se sont vu signifier leur congé sans clameurs ni trompettes. Une première charrette touche 18 personnes. Une dizaine d’autres postes seraient menacés à court terme. Au total, une trentaine de salariés perdraient leur travail, soit environ 10% de l’effectif de la banque à Genève.
Troisième banque d’affaires de Wall Street, Merrill Lynch a été rachetée l’an dernier par Bank of America qui est devenu du coup le premier établissement bancaire américain. Mais le groupe a aussi hérité des pertes abyssales de Merrill Lynch. Une situation qui a contraint l’Etat américain a consentir deux rallonges de 20 milliards pour sauver les meubles. Le 11 décembre dernier, la banque annonçait la suppression prochaine de 30 000 à 35 000 emplois dans le monde.
«Ma vie est cassée»
Le siège de Londres est le premier touché mais Genève n’est pas épargné. A l’antenne genevoise de la banque américaine, une personne qui ne dévoile pas sa fonction répond qu’elle n’a aucun commentaire à faire concernant des licenciements. Le mutisme est de mise aussi aux sièges londoniens de Merrill Lynch et de Bank of America. «Nous ne commentons pas les réductions d’emplois dans des régions spécifiques», répond Victoria Garrod, au service de communication de Bank of America.
Un employé licencié par Merrill Lynch est plus loquace. Il raconte que la direction l’a convoqué une après-midi en compagnie de 17 autres collaborateurs pour leur remettre les lettres de licenciement. «J’ai pris mes affaires et je suis parti.» Ce jeune banquier ne se plaint pas de ses supérieurs. «Ils ont été corrects, ils reçoivent eux-mêmes des consignes. Les conditions de licenciement sont d’ailleurs très acceptables. Reste que cette mesure est très abrupte pour des employés qui, comme moi, commençaient à gravir les échelons. Désormais ma vie est cassée. J’ai perdu confiance en moi. Je n’ai plus envie de travailler dans la banque.»
L’autorité cantonale a-t-elle été avertie? «Nous sommes tenus par la loi au secret professionnel. Nous ne pouvons pas donner les noms des entreprises qui procèdent à des licenciements collectifs», répond Catherine Santoru, la responsable de l’information à l’Office cantonal de l’emploi.
Le Code des obligations est pourtant clair. Il contraint les entreprises à déclarer les licenciements collectifs, à savoir ceux qui dépassent 10 personnes dans une entreprise employant habituellement entre 20 et 100 travailleurs, 10% du nombre de travailleurs pour les entreprises employant entre 100 et 300 travailleurs, ou 30 personnes licenciées pour des entreprises de plus de 300 travailleurs. Avant l’annonce à l’Office cantonal de l’emploi, et avant même de procéder à un licenciement collectif, l’employeur a l’obligation de consulter le personnel et lui donner au moins la possibilité de formuler des propositions sur les moyens d’éviter les congés ou d’en limiter le nombre ainsi que d’en atténuer les conséquences.
Dans le canton de Genève, tout employeur doit annoncer dans le mois les licenciements collectifs dès lors qu’ils touchent au moins 6 travailleurs. En cas de non-respect de la procédure lors d’un licenciement collectif au sens du Code des obligations, «les entreprises s’exposent à des condamnations aux indemnités pour congé abusif allant jusqu’à deux mois de salaire pour chaque travailleur licencié sans respect de procédure», déclare Joanna Bürgisser, avocate à Genève, spécialiste des conflits du travail.
Situation «incertaine»
De son côté, l’Association suisse des employés de banque (ASEB) précise ne pas être au courant de licenciements chez Merrill Lynch. «L’article 335d du Code des obligations s’appliquant à tout le monde, nous ne pouvons pas croire que la direction n’annoncera pas cette mesure», commente Nicole Bourquin, responsable du secrétariat romand de l’ASEB.
Difficile toutefois de savoir dans quelle mesure les autres banques sont touchées à Genève. Nicole Bourquin: «Nous n’avons pas quantifié. Mais il est certain que la situation est inquiétante et incertaine.»
Article paru dans “La Liberté” du 24 janvier 2009

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