Crise: les joueurs de casino doivent être sanctionnés


La crise était-elle prévisible? La réponse à cette question, thème d’un débat organisé au Salon du livre de Genève auquel le soussigné a participé, est cousue de fil blanc. Toute crise est programmée par les événements qui la précèdent. Comme les cycles de la vie, elle est à double face. Elle apporte des souffrances mais elle est en même temps porteuse d’espoirs. Pour autant que l’on sache tirer les leçons des erreurs du passé, elle offre l’occasion d’un nouveau départ.

Dans l’entre-deux guerres, des Cassandre ont tiré la sonnette d’alarme, anticipant le krach de 1929. On ne les a pas écoutées, le monde a basculé dans la dépression puis dans un conflit armé. Il aura fallu subir le feu de l’apocalypse pour obtenir la rédemption, codifier le libre-échange jusqu’à plus soif, connaître les trente glorieuses, une période de bien-être matériel sans précédent.

Saura-t-on, aujourd’hui, éviter les écueils des sombres années trente? Au fil des ans, dans ces colonnes, nous avons mis en garde contre les dérèglements en matière de gouvernance économique, source des malheurs actuels (1). Une solution serait de remettre les pendules à zéro, confier à l’Etat le mandat d’élaborer de nouveaux paramètres mais surtout d’offrir aux citoyennes et aux citoyens des instruments leur permettant de se faire une idée objective de la situation.

Dans les domaines des économies d’énergie et de la consommation, par exemple, manquent des éléments statistiques, des informations régulières sur les facteurs qui influencent le mode de vie et la santé de la population. Un train dont la mise sur les rails nécessite des moyens relativement modestes, nullement comparables aux dizaines de milliards investis dans le sauvetage du système bancaire.

Plus difficile à saisir est la volonté des acteurs politiques et économiques. Or cette détermination est indispensable si l’on veut parvenir à de véritables changements. On voit mal, en effet, les principaux responsables du krach modifier leur comportement, renoncer spontanément à leurs bonus, intégrer les nouveaux défis socio-climatiques.

Parce qu’elle peut moins tricher du fait de sa sousmission aux critères du marché, l’économie fait lentement le pas. Des banquiers sensés affichent un profil bas. D’autres, par contre, s’accrochent à leur place, à leurs privilèges. On dirait qu’ils comptent sur les plans de relance de l’Etat pour se maintenir à flot. Cette catégorie d’entrepreneurs ne doit pas tarder à comprendre que l’on ne peut pas vouloir le beurre et l’argent du beurre. Prêcher le libéralisme et la légitimité des gros salaires quand tout va bien et requérir l’argent du contribuable quand la roue tourne.

La logique de la sanction s’applique également aux autres décideurs ou faiseurs d’opinion qui ont cautionné le grand casino des années écoulées, des politiciens, des journalistes, des professeurs. Ils méritent des bonnets d’âne, ces instituts de management qui ont formé une génération d’hommes d’affaires à la religion du tout-privatisé, du tout-délocalisé et du tout-crédit sans garde-fous. Doctes mentors assis sur vos rentes de situation, retournez à vos chères études! Afin que cette crise serve au moins à quelque chose.

(1) Le krach mondial – Chronique d’une débâcle annoncée – Et après?” par Christian Campiche, Editions de L’Hèbe, 2009

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