La presse est la grande absente du Salon du livre de Genève


Encore omniprésente l’an dernier, la presse semble s’être évaporée au Salon international du livre et de la presse qui se tient jusqu’au 26 avril 2009 à Genève.

PAR CHRISTIAN CAMPICHE

Touchée, coulée par la crise! Ce qui n’est pas le cas pour les livres.

Le livre rit, la presse pleure. Surprise et perplexité saisissent d’emblée le visiteur. Les exposants sont plus nombreux qu’en 2008, ils occupent davantage de surface, ils font la part belle aux livres pédagogiques et aux bandes dessinées.

Mais où sont passés les stands des journaux, demande ingénument le quidam? Un peu embarrassée, une hôtesse confesse qu’il n’y en plus que deux ou trois, celui du quotidien local, La Tribune de Genève, et ceux de la presse magazine Ringier, sponsor du salon. Disparues, les demeures, plus ou moins spatieuses et cossues, de 24 Heures, du Matin, de La Liberté, du Courrier… Envolé, le palais du journal Le Temps. De fait, c’est L’Illustré, navire amiral de Ringier qui a pris la place du quotidien dit de référence juste en face de l’entrée du salon. Un endroit incontournable.

Marketing malmené
L’an dernier encore, la manifestation genevoise honorait en grande pompe les dix ans d’existence du Temps. « Notre présence au salon était essentiellement liée à des questions d’image. Mais le chiffre d’affaires réalisé au stand ne couvrait pas l’investissement de départ. Actuellement, il ne faut pas se voiler la face, le budget marketing est soumis à rude épreuve. Les dépenses se concentrent sur ce qui nous paraît stratégique. C’est pourquoi nous avons pris la décision, en septembre 2008, de ne nous retirer du salon», confie Valérie Boagno, directrice adjointe au Temps.

Avec le seul départ du Temps, c’est une somme de 100’000 francs environ qui déserte le Salon du livre et de la presse. A d’autres époques, il y aurait eu de quoi inquiéter les organisateurs. Mais Pierre-Marcel Favre, le président du salon, voit les choses à sa manière. Ses surfaces, il les loue 200 à 300 francs le mètre carré, le prix n’a pas changé. Non, ce qui dissuade les éditeurs de journaux, c’est bien l’état de leurs finances.

La presse se ressent évidemment de la chute des recettes publicitaires. Voyez les Etats-Unis où des quotidiens sont passés de vie à trépas en l’espace de quelques semaines.

Payot jubile
En revanche, les ventes de livres se maintiennent, justifiant la sérénité apparente du président du salon. Pour convaincre son interlocuteur, Pierre-Marcel pointe du doigt l’enseigne du libraire Payot qui a doublé sa surface d’exposition. 600 mètres carrés consacrés aux livres d’enfant et aux bandes dessinées.

Ce que confirme la responsable de la communication chez Payot, Aurélie Rasson: « tout genre confondu, le livre se porte très bien. A notre stand, nous ne voyons pas l’ombre d’une crise».

Reste qu’une question subsiste, elle touche aux fondements même du grand raout littéraire de Genève. Si le Salon du livre garde sa raison d’être, quid du salon de la presse? Malgré la présence d’une poignée de magazines et de radios, celui-ci restera-t-il un rendez-vous pour les gens des médias? « Avec Europ’art, un espace présentant des peintures contemporaines, Genève est devenu un peu le salon des loisirs alternatifs », ironise tel éditeur de journaux romand.

La comparaison avec l’étranger pourrait offrir certaines pistes. A Paris et à Bruxelles se tiennent chaque année en mars des salons du livre qui n’ont pas pour tradition d’inclure la presse dans l’en-tête de leur programme. Genève y tient encore mais jusqu’à quand?

Article paru sur www.swissinfo.ch , 25 avril 2009

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