Banques suisses, le froid vient du Kazakhstan


Elles sont une demi-douzaine, dont Credit Suisse, à être engagées pour près de 800 millions de francs auprès d’une banque kazakhe en difficultés.

PAR MOHAMMAD FARROKH ET CHRISTIAN CAMPICHE

Un seul créancier récalcitrant et le château de cartes menace de s’écrouler. C’est le sort qui menace la Banque TuranAlem ou BTA Bank qui, depuis le printemps de 2009, se débat pour éviter la faillite, risquant de faire boire un gros bouillon à des instituts bancaires étrangers notamment suisses.

BTA Bank compte parmi les trois principales banques du Kazakhstan, un pays de 15 millions d’habitants grand comme cinq fois la France, situé au nord de l’Asie centrale. La banque commerce de manière privilégiée avec la Russie, l’Ukraine, le Belarus, la Géorgie, l’Arménie, le Kirghizistan et la Turquie. Elle a aussi des représentations en Chine et dans les Emirats arabes unis. Le 1er septembre 2010, elle a annoncé la restructuration de sa dette pour 16,7 milliards de dollars, dans le cadre d’un accord avec ses créanciers qui leur permettrait en théorie de récupérer 4,1 milliards, mais dans un délai de 8 à 20 ans.

Banque à Genève inquiète

Un remboursement très partiel et aléatoire, tellement même qu’une banque établie à Genève, la Banque internationale de Commerce-Bred (BIC-Bred), filiale d’un groupe bancaire français, a décidé de se prévaloir de ses droits sans plus attendre. Le 19 juillet, la BIC-Bred a en effet obtenu une sentence, rendue par un arbitre français mandaté par la Chambre de commerce et d’industrie de Genève (CCIG), qui ordonne à la BTA Bank de lui payer 21 millions de dollars.

La banque kazakhe n’a manifestement pas l’intention de s’exécuter: dans un premier temps, elle a tenté de se mettre à l’abri des poursuites en invoquant la loi américaine. Le 25 août, la BTA Bank a été déboutée par un juge de New York.

Conseillée par UBS

Changeant de stratégie, la banque a décidé d’aller de l’avant avec la «restructuration» de sa dette, conseillée par les banques Lazard Frères et par UBS AG. Manœuvre qui n’est pas possible au sens de la sentence arbitrale dont peut se prévaloir la BIC-Bred, mais dont les conseillers de la banque kazakhe n’ont peut-être pas eu connaissance. Sans plus attendre, la banque genevoise a actionné l’office des poursuites pour faire saisir d’éventuels dépôts de la BTA Bank auprès de banques suisses, et la même démarche est prévue dans d’autres pays.

Une démarche qui devrait éveiller les craintes d’autres créanciers, ou alors leur servir d’exemple. On pense notamment à Credit Suisse dont la succursale de Londres a pour 604 millions de dollars d’engagements auprès de BTA Bank. Outre UBS comme conseiller, seraint dans le bain la filiale zurichoise de la Deutsche Bank (26 millions) et la Banque cantonale de Zurich (un peu plus de 5 millions). Une partie de ces engagements sont susceptibles d’avoir été titrisés, donc revendus à des tiers, d’où une diffusion potentielle du risque, il est vrai à moindre échelle que dans le cas des subprimes ou des produits structurés de Lehman Brothers.

Des questions

Interrogé, le porte-parole d’UBS, Jean-Raphaël Fontannaz confirme le mandat de conseil dans le cadre de la restructuration. «En revanche nous ne sommes pas créanciers», ajoute-t-il. Quant au porte-parole de Credit Suisse, Jean-Paul Darbellay, il déclare: «Nous ne faisons aucun commentaire.»

La fragilité d’un pays pétrolier

Il reste que l’affaire suscite des questions quant à la solidité du Kazakhstan, qui vit essentiellement de ses exportations de pétrole et de gaz. L’assureur-crédit français Coface le place parmi les régions à risque «modérément élevé» – mieux que l’Ukraine – en insistant bien toutefois sur la fragilité de son secteur bancaire. La BTA Bank estime de son côté dans son communiqué du 1er septembre que le succès de la restructuration conduira à «la fin des incertitudes concernant le secteur bancaire kazakh». Encore faudrait-il que l’opération puisse effectivement être menée à bien…

Article paru dans “La Liberté” du 3 septembre 2010

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