La Suisse soutient l’idée d’une enquête sur la situation en Syrie


L’avenir du printemps arabe se joue-t-il aussi à Genève? Ce 29 avril 2011, le Conseil des droits de l’homme tiendra une session extraordinaire consacrée à la situation en Syrie. Quinze membres du Conseil, dont la Suisse, soutiennent une démarche des Etats-Unis, demandant notamment l’envoi d’une Commission d’enquête internationale indépendante chargée de faire un rapport sur les violations des droits de l’homme en Syrie.
Les observateurs prennent très au sérieux l’initiative de cet organisme de l’ONU dont la crédibilité est à nouveau intacte, au sortir d’une longue crise provoquée par des Etats islamiques déterminés à limiter la liberté d’expression religieuse.
Le «putsch» échoue
Le Conseil des droits de l’homme est constitué de 47 pays et siège à Genève. D’emblée, dès sa création en 2005 par l’Assemblée générale des Nations Unies, l’institution a été mise à rude épreuve. Suite à l’affaire des caricatures du prophète Mahomet parues dans la presse danoise, une coalition de pays islamiques a réussi à faire passer, en mars 2009, une résolution visant à condamner la «diffamation des religions», voire la critique pure et simple des croyances religieuses. L’acceptation de ce texte limitant la liberté d’expression ouvrait ni plus ni moins la porte à la fatwa contre toute personne ou organisation définie comme «blasphématrice».
Le «putsch» a finalement échoué, cassé, en avril 2009, par la Conférence sur le racisme, dite Durban II. Après l’avoir soutenu, l’Afrique du Sud s’est désolidarisée du noyau dur composé de l’Algérie et de l’Egypte, et a rejoint le camp occidental.
Parallèlement, les Etats-Unis de Barack Obama ont fait leur entrée au Conseil des droits de l’homme, parachevant le torpillage du «coup d’Etat» islamique. Jusque-là plutôt hostile, l’attitude américaine a changé radicalement. De passive, elle est devenue active, permettant le déblocage d’un dossier sérieusement compromis. Désormais le Conseil a les mains libres pour afficher sans complexe ses prétentions dans le cadre de sa vocation d’origine, les droits de l’homme.
La Suisse dans le coup
La révolution arabe lui offre une tribune formidable, qu’il a déjà commencé à exploiter. Le 25 février dernier, le Conseil des droits de l’homme traitait, dans une atmosphère de consensus, des événements en Libye. Le rapport de la commission d’enquête ad hoc est attendu pour la prochaine session du Conseil, au mois de juin.
Aujourd’hui, le même Conseil des droits de l’homme empoigne le dossier syrien. La Suisse est de la partie, comme le confirmait hier soir Carole Wälti, porte-parole au Département fédéral des affaires étrangères: «la Suisse a coparrainé la demande pour une session extraordinaire sur la Syrie au Conseil des droits de l’homme. Elle participe également aux négociations consacrées au projet de résolution déposé par les Etats-Unis.»
Mais le contexte s’est durci depuis deux mois. Un certain malaise est palpable après le rejet – au DFAE, on préfère parler de «retrait» – d’un projet présenté par l’ambassadeur suisse Jürg Lauper, demandant une approche plus globale de la question des droits humains. En outre, certains Etats latino-américains souhaiteraient étendre le débat à d’autres pays en proie à des convulsions politiques comme le Yémen et Bahreïn.
La partie n’est donc pas gagnée d’avance pour la résolution américaine qui doit recueillir 24 voix sur 47 pour être adoptée. Or tant la Russie que la Chine ou Cuba ont promis cette fois de mettre leur veto. D’autres pays, comme le Pakistan, se tâtent.
Article paru dans “La Liberté” du 29 avril 2011

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