Heureux les peuples qui cultivent leur jet d’eau! Sans vouloir en faire une nouvelle béatitude, disons qu’il incite à quelque élévation. Genève qui en a bien besoin fête le sien, détournant pour quelques instants son regard de ses boutiques et de ses tiroirs-caisses. Cent-vingt ans de bons et de loyaux services, qui auront distrait et enchanté tant de touristes en mal de sensations, leur offrant l’occasion de fixer les éléments de près. L’eau dans sa majesté entre ciel et terre. Il est vrai que la pression émise a de quoi laisser coi. On en reste médusé. L’usine hydraulique qui l’avait provoquée, afin d’alléger ses soupapes, a tôt fait de titiller l’oeil des autorités de l’époque. Calvin n’y suffisant plus, la Ville cherchait un symbole fort. La pression liquide l’incarnerait.
Qu’importe si par leur démesure l’Arabie saoudite, la Corée du sud ou Saint-Louis, Illinois, ont depuis longtemps dopé les enchères, augmentant en plein désert la puissance de leur jet. Genève en aura l’aura. Couplée à sa Croix-Rouge, à sa banque si feutrée qu’elle étouffe tout cri, à ses ambitions internationales à défaut d’être locales, elle continuera à soigner ses liquidités comme Candide son jardin.