Com’ politique en France, la formule qui fait mal


L’expression fait florès dans le petit monde politique et médiatique français: les éléments de langage. Vous en étiez resté aux savoureuses petites phrases, ces missiles lâchés par les politiciens pour frapper leurs adversaires et tourner en boucle dans les médias. Par exemple, lors d’un débat télévisé, le 10 mai 1974, Giscard d’Estaing lance à François Mitterrand: «Vous n’avez pas le monopole du coeur». Et pan ! Succès assuré ! On ne jurerait pas que la formule ait assuré la victoire de Giscard. Mais elle a sûrement aidé à déstabiliser le candidat de la gauche. C’était au temps où la com’ politique balbutiait, où les électeurs croyaient encore aux slogans politiques. Fini, tout ça.

Aujourd’hui, c’est le temps des pros de la com’, des champions de la formule qui fait mal, des mots qu’il faut employer pour parler d’un sujet donné, des arguments clef en main fournis aux politiciens. Jacques Séguéla, l’ancien stratège en communication politique de Mitterrand, explique en expert à quoi servent les éléments de langage: «Aujourd’hui c’est l’organisme central qui parle, soit le parti qui oriente les éléments de langage de la journée, pour créer la répétition. Ainsi, ils essaient de transformer leur message en un message publicitaire: la répétition, c’est l’intégration.» Quand les politiciens ont 30 secondes pour convaincre à la télévision, ils doivent avoir de la munition prête pour attaquer ou se défendre. Exemple: «Quand Martine Aubry qualifie François Hollande de «gauche molle», il perd du poids dans le débat puisqu’il n’avait pas préparé son élément de langage. Une faute de communication». Séguéla enfonce le clou: «L’union fait la force, et le message ne peut donc être isolé, sinon il n’est pas entendu.» Les politiciens doivent dire la même chose que leurs amis politiques, employer les mêmes éléments de langage et le répéter sans cesse. «Reste que pour des dizaines de coup tirés en l’air et qui ne servent à rien, certains coups portés sont décisifs.»

Tous les partis politiques français préparent leurs éléments de langage. Mais c’est certainement l’UMP, qui a poussé le plus loin le bouchon. Sur le site Slate.fr, le journaliste Sébastien Troche décrypte la stratégie du parti de Sarkozy. «La plupart des termes repris en boucle et pointés comme des éléments de langage sont en fait des arguments politiques, des consignes de communication fournies par l’Elysée.» L’UMP ne s’en cache pas: sur son site , on peut découvrir sous la rubrique «Argumentaires» les réponses aux critiques sur le plan d’économie du gouvernement. Si les socialistes attaquent: c’est un plan injuste, les petits soldats de l’UMP doivent répondre: «L’effort pèse en priorité sur les grandes entreprises, les ménages fortunés et le capital. Les hommes politiques sont aussi exemplaires.»

C’est Nicolas Sarkozy lui-même qui a voulu harmoniser la communication de son camp: «chaque membre de la majorité invité dans les médias doit en informer l’Elysée, qui pourra lui fournir les éléments adéquats.» Ainsi, tous les ministres, tous les parlementaires UMP répètent comme des perroquets, avec plus ou moins de conviction, les mêmes formules, les mêmes expressions, bref les mêmes éléments de langage. «Ils sont plus drastiques. Ils sont beaucoup plus diffus, furtifs et doivent produire un effet de manière inconsciente», explique Pierre Lefébure, maître de conférence en sciences politiques à Sciences-Po Bordeaux. Si les électeurs n’y voient souvent que du feu, tous les journalistes ne sont pas dupes. Sur France Inter, Nicolas Demorand cassait la langue de bois politique en lançant à l’éditorialiste politique: «Décryptage !». Le Petit Journal de Canal Plus déniche avec gourmandise les éléments de langage de l’UMP répétés en boucle devant les micros et les caméras, le 14 mars 2010, après le premier tour des élections régionales: «Il n’y a pas de vote sanction contre le gouvernement… le poids de l’abstention», tous tirés de l’argumentaire de trois pages préparé par l’Elysée. A la différence des petites phrases, qui occupent les médias et qui marquent les esprits, les éléments de langage doivent faciliter la communication et cadrer un message. Et l’expert en communication conclut: «C’est avec les éléments de langage que l’on gagne la bataille des idées.» Heureusement, la com’ politique et les sondages ne sont pas une science exacte!

 

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One Response to “Com’ politique en France, la formule qui fait mal”

  1. Lord-Nem 11 novembre 2011 at 12:00 #

    http://www.labanlieuesexprime.org/article.php3?id_article=3631

    Et ça, c’est pour quand dans les médias ?

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