Goulandris, Wella, l’Etat et les successions extraordinaires


Les grandes fortunes réfugiées en Suisse provoquent toujours des discussions passionnées lors d’un héritage.

PAR NARCISSE NICLASS

Entre les romans roses et les polars, le terrain est commun. De la littérature à la réalité la fiction n’est jamais loin mais les intrigues ne sont pas inventées. L’amour, la mort, l’argent, le pouvoir sont des ingrédients classiques des meilleures sagas.

C’est le “Matin Dimanche” du 17 mars 2013 qui ravive le souvenir des trésors perdus de la famille Goulandris domiciliée à Gstaad. Leur chalet servait d’écrin à une formidable collection d’oeuvres d’art. Actuellement, la nièce du couple, Aspasia Zaimis, se bat pour rétablir les faits et reconstituer les trajets des oeuvres fabuleuses qui ont quitté le chalet suisse. Quelques coups de sonde sur la toile du web  vous révèlera des histoires étonnantes. Il semble clairement établi qu’une pièce maîtresse du dossier juridique de la succession est un faux. Un acte de vente antidaté a été produit.

Pour les citoyens vaudois, l’important est que ce mystère, doublé d’une guerre d’héritiers, a fait perdre au fisc environ 160 millions au titre de droits de succession. On ne peut que s’attrister du manque de vision des avocats, notaires, juristes, fiscalistes, élus, autorités et autres banquiers qui n’ont pas su intégrer ce couple en Suisse. Tous se sont contentés de ne voir que l’argent à administrer, sans se soucier des personnes, de leur goût pour la peinture et la sculpture. Des amoureux de l’art, même avec le défaut d’être milliardaires, ont toujours une fibre sensible pour la reconnaissance. Avec un  peu de doigté, le couple Goulandris, sans enfants, aurait fait une donation et les oeuvres seraient, aujourd’hui, accessibles au public. Qui sait, une fondation viendrait peut-être au secours des Grecs dans la dèche?

Fribourg connaît aussi sa saga autour d’un héritage. Il s’agit de la succession de M. Erhart Stroeher. Là aussi, la coterie des avocats, notaires, juristes, fiscalistes, élus, autorités et autres banquiers n’a pas su charmer les héritiers. L’empire Wella a été démantelé. Toutes les valeurs productives ont été vendues, l’oeuvre d’une vie effacée, le canton de Fribourg perdant sur tous les tableaux. Pourtant le patriarche avait réussi à installer toute sa famille dans la région et son domicile principal était bien dans le canton de Fribourg avec quelques sociétés à Zoug, certes, mais un attachement pour la région bien réel.

Cette saga fribourgeoise est emblématique de la “misère” humaine. Cela fait 35 ans que M. Erhart Stroeher, Monsieur Wella, est mort. La succession ne pouvait s’avérer que compliquée, vu le nombre de sociétés, les entreprises internationales et les montages financiers partagés entre plusieurs familles alliées. La veuve habitait le canton. Elle se remaria à un Fribourgeois, René Brulhart, entrepreneur très actif, qui avait connu son mari. Ce mariage suscita des jalousies et des remarques désobligeantes: René Brulhart avait le culot d’épouser Madame Stroeher. Il fut également le créateur et le constructeur du plus beau golf de la région, le Golf de la Gruyère à Pont-la-Ville. Le fisc fribourgeois fut la première trappe pour ce chef d’entreprise. Le Conseiller d’Etat Félicien Morel lui lâcha ses limiers aux trousses et lui empoisonna l’existence. De guerre lasse, René et son épouse Waltraud partirent s’installer à Monaco. Après quelques années de procédures, l’Etat de Fribourg dut faire marche arrière. Les droits furent rétablis en faveur du couple harcelé par le fisc.

Régulièrement la saga Wella refait surface car le brouillard recouvre toujours ce dossier volumineux. La succession n’est pas totalement fermée. Des procès sont encore en cours, 35 ans après la disparition d’un capitaine d’industrie, Erhart Stroeher, qui avait choisi et aimé Fribourg. Sans tomber dans la nostalgie ni la démagogie – les riches ne sont pas forcément à plaindre – , il eut été plus intelligent de faire “avec” que “contre”. Naturellement, comme toujours, ces combats de familles font le bonheur des avocats et de quelques fiscalistes et autres fiduciaires de la place.

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