Petites musiques de paix


A la fin de l’année dernière encore , la TV romande nous infligeait une série historique fondée sur le fantasme «Nos ancêtres les Schwytzois». Merci à Didier Burkhalter d’avoir pris ce 1er Août, sur le thème des origines, sous un tout autre angle.

PAR PIERRE KOLB

C’est tout de même le président de la Confédération et il savait bien que le jour de la célébration officielle dite fête nationale, il devait faire attention où mettre les pieds. Soyons donc attentifs aux quelques propos qu’il a choisi de tenir dans le cadre serein du Latenium, à Hauterive, au bord du lac de Neuchâtel: «Là où les vagues semblent narguer le temps qui passe, les traces de villages lacustres nous rappellent qu’il y a 5000 ans déjà des hommes et des femmes étaient soucieux d’y abriter leur famille, d’y assurer l’avenir de leurs enfants.»

Puis cette délicieuse litote:«Notre Suisse est plus récente.»

Quand on pense qu’aux mêmes instants l’Ex du Conseil fédéral, le Christoph de Rhäzüns, regonflait sa «Confédération vieille de 723 ans», ce fantasme de la Suisse primitive que la TV officielle avait déjà entendu ranimer il y a une demi-année. Plus proche des réalités, le président du PS a, lui, marqué en ce 1er Août sa préférence pour la Suisse telle qu’elle a été créée en 1848. On le comprend.

Où l’on voit que l’exercice consistant à évoquer le destin historique de ce pays incite à de multiples variations variations.
Revenons à Didier Burkhalter. La suite de son discours est plus convenue – ce n’est pas un 1er Août pour rien – avec le couplet sur la prospérité suisse, et celui sur la diversité. Ce deuxième point est intéressant, on le retrouve chez Johann Schneider-Ammann. Ces gens devraient faire gaffe. Ils ne peuvent pas méconnaître, mais ils semblent vouloir l’ignorer, l’uniformisation galopante de l’entité suisse, son fédéralisme devenu concurrentiel et disciplinaire. «Notre diversité» se visite aujourd’hui comme un musée.

Nonobstant, le président de la Confédération et ministre des Affaires étrangères a su ensuite jouer, en finesse, une petite musique qu’on qualifiera par simplification d’ouverture, puisqu’il y va d’un engagement responsable de la Suisse. Et au chapitre des valeurs profondes, plutôt que de ressortir les hallebardes, il défend une politique, au milieu de drames «à la fois lointains et si proches», de promotion de la paix.

On sait que les principaux éléments de langage des discours de 1er Août, cette année, ont véhiculé les thèmes de l’immigration et des relations avec l’Union européenne. Le président en a tenu compte de façon très indirecte pour le premier thème, soulignant les capacités intégratrices de la Suisse. S’agissant de l’UE, il ne pouvait évidemment pas ne rien dire, bien que n’ayant pas grand chose à dire. Cela donne une redite: la Suisse entend rénover la voie bilatérale.

Dont acte. La faiblesse de cette évocation s’explique par les circonstances, puisque la crise Suisse-UE est très présentement l’objet de tractations. Peut-être même cette insignifiance donne-t-elle son relief particulier à l’autre thème traité par Didier Burkhalter, celui de la paix, du fait des efforts actuels, bien rééls, de la Suisse en faveurs de la paix, tous azimuts.

Cette petite musique de paix n’est pas ce qui a été le plus retenu de son discours, dommage, surtout si l’on pense à une polémique qui s’est développée simultanément en Suisse, dans le contexte du 1er Août aussi, un peu une coïncidence. C’est l’affaire de la “proposition” de Fabian Molina, président des Jeunesses socialistes, de remplacer cette année le drapeau suisse par l’emblème arc-en-ciel de la paix. A cette occasion qui croise le centième anniversaire du début de la Deuxième Guerre mondiale – Didier Burkhalter l’a aussi souligné – l”idée d’ouvrir un débat sur les dérives nationalistes se défendait. La provocation sur le drapeau n’était cependant pas l’entrée en matière la mieux calibrée. Que l’UDC réagisse au quart de tour était prévisible, mais au-delà, des réactions incluant des menaces de mort ne sont plus dans les propostions d’un débat.

Ainsi en a-t-il été de quelques musiques de paix le 1er Août.

Article paru dans Courant d’Idées.

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