Le journal d’une infirmière suisse au Kirghizistan


 Voilà déjà deux semaines que nous sommes à Osh, la ville historique du sud du Kirghizistan, dominée par la montagne sacrée Sulaiman.

PAR MARINA CANEPA ALLEN

Cette cité vibrante sera notre maison pour l’année à venir. Je travaillerai en tant que coordinatrice de projet pour Médecins Sans Frontières (MSF) et mon mari Jeff sera “at home daddy” pour nos deux enfants (Emma, 3 ans et Elio, 5 ans).

MSF2

Nous sommes arrivés juste à temps pour la rentrée scolaire, qui a ramené à l’école tous les élèves du Kirghizistan le premier septembre. Le matin,  Elio et Emma ont suivi la classe de Madame Gulmira, la maîtresse d’école enfantine en langue russe, donné pour les enfants de notre quartier habité en majorité par des familles aisées. L’après-midi, Elio suit la maison les cours donnés par son papa.

Selon le calendrier scolaire kirghize, les enfants commencent l’école à l’âge de six ans. Les plus petits peuvent aller à l’école enfantine, mais celle-ci est réservée aux familles qui ont les moyens de payer, car la plupart des structures sont privées et situées en ville.

La veille de la rentrée, nous avons préparé les sacs à dos, avec pantoufles et pyjama pour la sieste de Emma, qui malgré ses trois ans a rejoint le groupe des grands pour pouvoir être avec son frère. En guise de «briefing»  nous avons répété les phrases essentielles en russe: «j’aimerais manger», «j’aimerais boire» et «je dois faire pipi».

MSF3

Le lundi matin, main dans la main, Elio et Emma m’ont dit «au revoir» alors que je m’éloignais vers le bureau. Eux ont continué avec leur papa sur un petit chemin de terre en face de la route qui mène, trois rues plus loin, à un grand portail décoré avec des petits drapeaux triangulaires multicolores et des belles peintures d’animaux.

Lors de la réunion avec la directrice, deux jours plus tôt, avec l’aide d’une traductrice, nous avons proposé que mon mari reste avec les enfants pendant la première journée à l’école, pour faciliter leur adaptation, mais cela lui a semblé excessif… Malgré nos appréhensions de parents, tout s’est en effet bien passé: une fois rencontrés les nouveaux copains et surtout découverte la multitude de jouets à disposition, les enfants ont disparu au fond de la salle et ont congédié leur papa d’un «paka» («au revoir» informel en russe ) souriant.

A la maison, une des pièces s’est transformée en salle de classe. Jeff et Elio sont allés choisir du mobilier, des cahiers, et des posters avec l’alphabet cyrillique… Même si les langues d’enseignement à la maison sont le français et l’anglais, ce poster était le seul disponible sur le marché.

Pour les grands, la rentrée est assez intense. De mon côté, je suis en plein passation de poste avec la responsable sortante. Jeff s’occupe en cette période chargée de la maison : il essaie de trouver ce qui s’achète sur différents marchés, teste des nouvelles épices pour assaisonner nos plats, etc. Notre organisation familiale étonne un peu  les personnes que nous rencontrons, pour la majorité issues de familles traditionnelles. Même si j’étais plutôt impressionnée par le nombre de femmes travaillant à des postes de responsabilité (directrice d’hôpital, de département, médecin, etc.) les hommes semblent tout de même perturbés de voir un de leurs semblables s’occuper du foyer pendant que la femme travaille à plein temps. Comme l’a décrit un chauffeur de taxi avec qui nous avons passé une journée en dehors de la ville, «la maman fait le papa et le papa fait la maman». Il était néanmoins  très intéressé par cette façon de se partager le travail et trouvait beau que les deux parents, travaillant à tour de rôle, puissent consacrer du temps et de l’amour aux enfants.

Comparé à d’autres pays où nous avons  travaillé dans le passé (Laos, Angola, Liberia, Chad, RDC, Myanmar, Ethiopie), le Kirghizistan nous paraît une destination «haut de gamme», avec des infrastructures de loin supérieures aux pays précédents et une offre de loisirs en dessus de la norme, ce qui est très appréciable, surtout pour un  séjour en famille. Pendant notre premier weekend, nous avons marché le long de la rivière qui traverse la ville et avons rejoint le parc central, peuplé de familles en quête de fraîcheur et d’amusement sous les hauts arbres. Entourés d’une grande roue aux cabines en fer bleu, d’un vieil avion russe exposé pour les passants et d’un stand de barbapapas, l’étonnement était au rendez-vous.

MSF1

 

                                                                      Soutien technique

A Osh, dans dans le district de Kara Suu, Médecins Sans Frontières apporte un soutien technique au ministère de la santé pour la prise en charge de la tuberculose multi résistante. Contrairement à d’autres contextes où MSF intervient, le Kirghizstan possède un bon réseau de structures de santé. Pour la tuberculose cependant, les soins sont centralisés dans les hôpitaux et l’accès aux médicaments n’est pas garanti. Depuis trois ans, MSF et le Ministère de la sante ont mis en place un modèle de traitement ambulatoire et le patient peut désormais recevoir son traitement dans le centres de santé de son quartier. (MSF)

Tags: , , , ,

2 Responses to “Le journal d’une infirmière suisse au Kirghizistan”

  1. ana elena altuna 19 septembre 2015 at 15:19 #

    Dernière Août je me suis rendu au Kirghizistan.
    Je pensais qu’il était un grand pays plein de bonnes personnes.
    Il est un plaisir à lire leurs structures sociales travaillent aussi très bien.
    Je vous souhaite un bon séjour.
    Je vous remercie aussi votre travail

    Ana Elena Altuna
    BILBAO

  2. Catherine Feuz 20 septembre 2015 at 08:19 #

    Formidable de trouver votre message sur fb. Je vais le lire ce matin au culte.
    Le meilleur pour vous. On vous aime.
    Plein d’amitiés, Catherine Feuz

Mentions légales - Autorenrechte

Les droits d'utilisation des textes sur www.lameduse.ch restent propriété des auteurs, à moins qu'il n'en soit fait mention autrement. Les textes ne peuvent pas être copiés ou utilisés à des fins commerciales sans l'assentiment des auteurs.

Die Autorenrechte an den Texten auf www.lameduse.ch liegen bei den Autoren, falls dies nicht anders vermerkt ist. Die Texte dûrfen ohne die ausdrûckliche Zustimmung der Autoren nicht kopiert oder fûr kommerzielle Zwecke gebraucht werden.