Pour sortir du marasme


Quand j’entends les nouvelles «officielles» (celles de MM. Rochebin et consorts), je n’en finis plus de protester – dans le vide parce que je suis seul dans la pièce, alors que M. Rochebin et ses semblables ont des dizaines de milliers de gens face à eux. Le combat est inégal. 

PAR BERNARD WALTER

Ce qu’ils font, ces messieurs dames? Ils répètent ce que disent les agences, le plus souvent sans mise en perspective, ils ne sont rien d’autre que des instruments de propagande, porte-parole du système de domination militaro-politico financier des USA et de leurs vassaux européens.

Une docilité inconditionnelle, c’est tout ce qu’ils doivent assurer à leurs maîtres.

Moyennant quoi, leur salaire «sera force reliefs de toutes les façons, os de poulets, os de pigeons, sans parler de mainte caresse.» (Je cite la superbe fable «Le loup et le chien» de La Fontaine, il ne sera pas trop difficile au lecteur de transposer les os et les caresses en rémunérations à l’échelle humaine.)

Et que faire pour s’opposer à cette machine toute-puissante?

Une lutte frontale?

Il n’y a plus que ceux qui n’ont plus rien à perdre qui se lancent dans un combat d’une telle inégalité qu’il se solde inévitablement par le désastre pour ceux qui prétendent s’opposer par la force à cette domination sans partage.

En géopolitique, les contre-pouvoirs existent. Il y a la Chine. Et puis les nations émergentes: le Brésil, l’Inde. Et puis bien sûr, l’empêcheur de tourner en rond, soit la Russie, qui elle ne fait que lutter pour sa survie.

Mais nous, ceux d’entre les citoyens de nos pays qui tenons à notre dignité et à un sens élémentaire de justice dans ce monde? Que pouvons-nous faire?

Un homme politique, qui a eu son heure de gloire et dont j’aurai l’occasion de reparler prochainement, disait: «Si le courant est trop fort, rien ne sert de s’épuiser à nager contre, il faut se laisser porter par lui jusqu’à ce que le rapport de force change.»

Je crois que nous nous trouvons dans une situation telle qu’il n’existe chez nous actuellement aucun moyen pour inverser la tendance de cette main-mise absolue de la finance sur notre monde.

Nous n’avons plus de perspective que dans le court terme.

Ce qui ne doit pas nous empêcher de continuer à «penser le monde». «Penser le monde» est notre arme première. Et pour l’immédiat, il nous faut répandre autour de nous ce que nous croyons juste. Des «idées justes» et une pratique sociale fondée sur l’entraide, la solidarité et la bienveillance.

Je crois que c’est par là que nous pouvons reconstruire un tissu social différent, début d’une société différente.

Evidemment que cette société différente ne peut s’articuler que sur un mode de consommation différent, sur un mode de vie modéré, fondé sur une démarche de conscience de l’existence d’un monde et d’une nature à respecter.

En ce qui me concerne, je ne me lasserai pas de défendre les valeurs que je crois justes, au risque de me répéter au cours du temps, car ces valeurs ne changent pas d’un jour à l’autre. Et j’en suis venu également à une vision parfois noir-blanc du dialogue. Dans le sens que je ne veux plus me perdre en débats inutiles avec celui qui défend une vision de société inverse, avec lequel donc il est clair d’entrée que les positions ne peuvent se rapprocher car c’est le fondement même de la conception politique et philosophique qui est opposé.

Cette position mienne est une conclusion à laquelle je suis parvenu, suite à une interview parue dans la Méduse le 21 septembre dernier, qui a pour titre «Imaginer les villes durables du futur» à laquelle j’avais posté un commentaire «médusé». Suite à la réaction également médusée de Daniel Martel, l’interviewé, qui me demandait très gentiment de m’expliquer, je me suis mis en peine pour répondre, et j’ai commencé par me perdre dans des pages d’arguments, pour finalement arriver à la conclusion que c’était bien inutile.

Car tout simplement M. Martel et moi défendons une vision du monde différente. Et si M. Martel ne voit pas en quoi l’ensemble de ses vues constitue un hymne à la croissance, ce n’est pas mon argumentation qui pourra y changer quoi que ce soit. Je ne vois rien dans son argumentation qui remette fondamentalement en cause le système politique, financier ou militaire actuel, rien qui permette d’imaginer qu’il ne se situe pas dans cette logique de fuite en avant, cette logique de course à notre propre perte.

Un seul exemple. Lorsqu’il dit que le premier idéal type «est la réparation des dégâts commis contre l’environnement», je ne peux qu’être d’accord. «Nous n’aurons pas le choix», dit-il même. Mais comment cela peut-il se faire? M. Martel en reste à sa déclaration d’intention. J’en viendrais à l’imaginer vouloir construire des appareils qui réparent l’environnement.

Je lui souffle la réponse: réparer l’environnement, c’est commencer par stopper tout ce qui l’endommage. Donc stopper le processus de fuite en avant. Il n’y a pas autre chose. Donc le mot, c’est: la décroissance.

Le terme de «décroissance» n’est pas une étiquette publicitaire. C’est une réalité qui s’imposera, que nous ne contournerons pas. Et c’est la seule réponse à ce que M. Martel ressent comme une nécessité. Or tout dans ses déclarations va dans le sens contraire.

Je pense que pour sortir du marasme, il faut créer de multiples alliances solidaires autour de soi, garder à chaque instant un esprit critique et cultiver la résistance à cette usine à mensonge qu’est l’idéologie officielle ambiante. C’est ainsi que l’on commencera de construire autour de soi une société différente. Et que partout dans le monde pourra se construire une telle société nouvelle.

Cette attitude demande un certain courage, une certaine force de caractère. Elle s’accompagne du sentiment de rester un être libre.

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4 Responses to “Pour sortir du marasme”

  1. Yasmine Motarjemi 1 novembre 2015 at 09:06 #

    Merci pour cet article : une bonne conclusion, mais une vue pessimiste de la situation en disant : « Je crois que nous nous trouvons dans une situation telle qu’il n’existe chez nous actuellement aucun moyen pour inverser la tendance de cette mainmise absolue de la finance sur notre monde ».

    En Suisse, plus qu’ailleurs, nous avons le moyen d’agir, mais nous nous laissons faire, nous sommes divisés et trop attachés à notre confort, au point que nous oublions ce qui est important et essentiel pour le bon fonctionnement de la societé.

    Si on suit la vision du ledit homme politique, c.à.d. on attend un changement de rapport de force pour agir, on peut attendre jusqu’à la fin du monde. Depuis la nuit des temps, une situation inéquitable a existé dans le monde. Seulement, au cours du temps, elle a changé de forme et de mains.

    Si tout le monde suit cette vision, quand est-ce qu’il y aura un changement de rapport de force? Je préfère le monde selon Pierre Rhabi, avec le mouvement « colibri » (http://www.agirpourlenvironnement.org/partenaires/colibris)
    N’est-ce pas que ce sont les petits ruisseaux qui font les grands fleuves? Comme Platon l’ a dit (en anglais) “The price of apathy towards public affairs is to be ruled by evil men.”

    Un premier pas est de faire que déjà nos lois existents soient respectées, à tous les niveaux et surtout que les citoyens aient les moyens d’obtenir justice. L’injustice est un mal qui ronge l’âme et génère la violence. Au même titre qu’ un système de santé, nous avons besoin d’un système judiciaire fonctionnel aussi bien au niveau national qu’ international.

    Puis il nous faut des débats sur nos valeurs et les sacrifices que nous sommes prêts à faire pour préserver nos valeurs.

    L’injuste et le malfaiteur doit être hué. Être bon et honnête ne doit pas être un tare, mais une valeur appréciée. Aujourd hui c’est le contraire. Celui qui est plus malin et qui peut rouler les autres est vénéré, le modèle à suivire; ceux qui se contentent de faire ce qui est juste et bon, même à leurs propres pertes, sont considérés comme les « loosers ».

    Cet état d’esprit a même infiltré nos écoles de sorte que ce langage et le comportement de bullying se répand parmi nos jeunes.

    Il faut agir maintenant avant que notre société devienne plus violente et ne pas attendre un changement de rapport de force. Les progrès des civilisations ne sont pas venus en attendant le bon moment, mais en agissant. Dans notre monde politique, il nous faut des hommes ou des femmes comme Henry Dunant.

  2. Guillaume.b 2 novembre 2015 at 11:03 #

    Bonjour M. Walter,

    Lorsque M. Martel mentionne l’ AFRA (www.afraassociation.org/) et sa charte sur le recyclage et la fabrication de nouveaux avions, ne va-t-il pas au-dela d’une simple déclaration d’intention ?

  3. Bernard Walter 3 novembre 2015 at 07:55 #

    A Guillaume.b
    Bonjour,
    Mais: des avions pour faire quoi ? Inonder les paradis touristiques ? Multiplier les voyages de people en tous genres, joueurs de tennis, de foot, stars de l’écran et les voyages “d’affaires” ? Bombarder les populations de par le monde ?

  4. Pierre-Henri HEIZMANN 17 juillet 2016 at 09:56 #

    Avant de vouloir changer le Monde, il y a lieu de démontrer au plus grand nombre pourquoi il doit être changé, quand bien même cela semblé évident aux yeux de quelques observateur-trice-s éclairé-e-s, qui plus est lecteur-trice-s de la Méduse… Car c’est bien là que se situe le problème : pour une grande majorité il n’y en a pas!

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