Climat, le prix de l’adaptation


L’adaptation aux changements climatiques sera-t-elle financée avec l’argent de l’aide au développement? Débat ouvert.

PAR MICHEL BÜHRER

Il y a une vingtaine d’années encore, parler d’adaptation au changement climatique était tabou. L’adaptation n’était-elle pas le signe que la lutte contre le réchauffement était vouée à l’échec? Puis, devant l’évidence, les positions ont changé: le réchauffement était là, il était indispensable de prendre en compte d’une part les efforts de mitigation (éviter ce qui peut l’être) et d’adaptation (gérer l’inévitable). Ces dernières mesures sont urgentes pour les plus vulnérables de la planète: zones côtières, montagnes, économies très dépendantes de l’agriculture, etc. Mais les budgets consacrés à l’adaptation demeurent très minoritaires.

Selon l’organisation Climate Policy Initiative, qui recense tous les flux financiers, privés et publics, observables dans le monde au nom de la lutte contre le réchauffement climatique, l’année 2014 a marqué un record. Avec 391 milliards de dollars, elle a enregistré une augmentation de 18% sur l’année précédente, après deux ans de baisse.

L’adaptation au changement climatique, parent pauvre

Mais plus que la somme globale, c’est la répartition des financements qui est parlante. Les trois quarts ont été investis au niveau national, soit dans les pays d’où provient l’argent. Un tiers a été dépensé en Asie de l’Est et Pacifique, un quart en Europe de l’Ouest. L’Afrique subsaharienne, elle, bénéficie d’un maigre 3%, alors qu’elle compte parmi les régions les plus vulnérables au changement.

Plus révélateur, un autre décompte de Climate Policy Initiative montre que seule une faible part, soit 25 milliards de dollars, des flux financiers globaux liés au climat est actuellement affectée aux mesures d’adaptation. L’immense majorité, 361 milliards de dollars, est destinée à la mitigation (principalement à la limitation de production de gaz à effet de serre).

L’équilibre entre mitigation et adaptation est l’un des buts du nouveau «Fonds vert pour le climat» alimenté par les pays industrialisés, fonds qui devrait disposer de 100 milliards de dollars par année d’ici 2030. Cet instrument de la Convention des Nations unies sur le climat devrait canaliser l’essentiel des aides multilatérales liées au climat. Le fonds vert est censé recueillir des financements «nouveaux et additionnels».

Un nouveau plan pour l’Afrique

Afin de contribuer au financement de l’adaptation, la Banque mondiale a lancé durant la COP21 un nouveau «Plan pour accélérer le développement résilient au climat et faible en carbone» (Accelerating Climate-Resilient and Low-Carbon Development) pour l’Afrique. Le plan souligne que même avec un réchauffement de la température de 1,5 à 2 degrés à l’horizon 2030-2040, l’Afrique pourrait perdre de 40 à 80% des surfaces agricoles adaptées au sorgho, au millet et au maïs, trois denrées de base, pour ne prendre qu’un exemple. Selon la Banque mondiale et le Programme des Nations unies sur l’environnement (PNUE), les coûts d’adaptation seront considérables: cinq à dix milliards de dollars par année dès aujourd’hui, 20 à 50 milliards d’ici le milieu du siècle, alors que le volume d’aide liée au climat en Afrique atteint actuellement au mieux trois milliards. Le plan dresse un catalogue de mesures liées à la résilience dans les domaines de l’environnement, des infrastructures, du capital humain (sécurité sociale, effets de la migration, etc.). Ces mesures sont alignées sur les engagements pris par les pays africains dans le cadre de la Convention des Nations unies sur le climat. Près des deux tiers de ces engagements concernent l’adaptation (comparés à 27% pour le reste du monde).

Climat et développement même combat?

La mise en œuvre du plan demanderait un peu plus de 16 milliards de dollars pour la période 2016 à 2030. Comme le rappelle la Banque mondiale, les agendas du climat et du développement en Afrique sont inextricablement liés. Elle met ainsi le doigt sur un sujet qui inquiète les pays les plus démunis: une aide liée au climat est certes bienvenue, mais les financements seront-il vraiment «nouveaux et additionnels»? Ou seront-ils au détriment de l’aide «traditionnelle» au développement (éducation, santé, genre, hygiène public, infrastructure, etc.). Autrement dit, faut-il craindre qu’une partie des finances annoncées par les donateurs nationaux ou multilatéraux ne soit pas de l’argent frais, mais des fonds simplement soustraits à d’autres programmes et recyclés? Ces craintes ont déjà été évoquées lors des négociations sur le financement du développement durable à Adis Abeba en juillet dernier. Le mouvement est en tout cas amorcé et il est dénoncé notamment par Bjorn Lomborg, le médiatique et controversé directeur du Copenhague Consensus Center. Pour lui, les sommes attribuées à «l’aide climatique» sont détournées d’actions plus utiles comme la lutte contre la malnutrition ou le paludisme.

La Suisse n’échappe pas à ce débat. Dans un entretien avec la revue Global + éditée par l’organisation Alliance sud, le chef de l’Office fédéral de l’environnement, Bruno Oberle, ne cache pas que l’aide au développement «classique» devrait être sollicitée si l’aide publique au développement (APD) n’est pas augmentée: «Les priorités de l’APD sont redéfinies de manière cyclique: cela a été le genre, ou aussi la décentralisation, ou encore la promotion de la démocratie. Pour le moment, le climat est au centre. Et il a été décidé que le financement du climat se ferait dans le cadre de l’APD».

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One Response to “Climat, le prix de l’adaptation”

  1. Christian Campiche 28 décembre 2015 at 10:40 #

    Déraillement d’un train transportant de l’acide sulfurique en Australie:
    http://www.rts.ch/info/monde/7369601-deraillement-d-un-train-transportant-de-l-acide-sulfurique-en-australie.html
    On minimise les conséquences avant même l’ouverture de l’enquête. A quoi servent les belles recommandations de la COP21?

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